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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 18:31

En préambule, rappelons simplement que, comme le pétrole, le gaz de schiste est une source d’énergie fossile dont la combustion rejette du dioxyde de carbone et contribue au réchauffement climatique.

 

Fin 2010, le ministre de l'Environnement avait autorisé la fracturation hydraulique sur 10% du territoire français. Face aux courageuses contestations des riverains des gisements d’exploitation, le gouvernement a été contraint de suspendre provisoirement cette autorisation, le temps de réfléchir à de nouvelles méthodes d’extraction.

 

Alors qu’en ce mois de juin, les sénateurs débattent d’un projet de loi sur le sujet, « notre » ministre de l’Energie s’est dit favorable à des expérimentations sur l’exploitation des gaz de schiste affirmant que la fracturation hydraulique a « été pratiquée des dizaines de fois en France sans difficultés », tout en expliquant que le potentiel français « aujourd'hui méconnu, pourrait être d'un siècle de consommation ».

 

Des dizaines de millions d’années ont été nécessaires à la formation du pétrole que nous brûlons depuis quelques décennies. D’ici peu de temps, que ce soit dans quarante ou dans cent ans – ce qui est peu, très peu sur l’échelle de l’histoire de la Vie -, les réserves de pétrole seront à sec (on ne le répète jamais assez!). Devant cette vérité qui chaque jour devient depuis de plus en plus palpable, la Bourse s’affole.

 

La folie du gaz de schiste a commencé à la fin du vingtième siècle. Dans les bureaux des plus hauts buildings du monde, ça criait au téléphone à tout bout de champ: « Et nos milliards? Et mes millions? Creusez! La cadence baisse! Trouvez-moi mon pétrole! ». Rien à faire, c’était le début de la fin, tout le monde le savait. Tous les êtres raisonnables étant incompétents, les plus puissants groupes financiers se sont mis à embaucher les savants les plus fous pour mettre au point les plans les plus délirants. Un jour, un hurluberlu s’est écrié : «On va fracturer le sol en creusant des puits de 3000m, puis on enverra des explosifs au fond et, à l’intérieur de ces puits, on injectera à des pressions énormes de l’eau, du sable et des produits chimiques; ce qui fera jaillir des entrailles de la Terre des milliards de tonnes de combustible fossile!». Tous les spéculateurs ont crié au génie: « Le monde est sauvé, nous allons à nouveau pouvoir exploiter des gisements de billets en restant assis sur nos chaises! Fracturons les sols! Fracturons les sols!». C’est alors qu’en douce, loin des regards, des hordes de spéculateurs sont allés bombarder les sols dans les campagnes les plus reculées. Ni vu ni connu, le gaz enfermé depuis des millions d’années dans les poches de schiste a subitement jailli à la surface de la Terre. Seulement, les savants les plus fous avaient quelque peu négligé deux données: le gaz est un produit volatil, le sol est poreux. Le gaz libéré, chargé de résidus d’explosifs, a donc envahi les nappes phréatiques et suivi les cours d’eau. Et c’est ainsi que Monsieur et Madame Tout Le Monde ont eu la surprise de découvrir l’option lance-flammes de leur robinet d’eau; et qu’outre le bon petit cocktail dioxygène - diazote de l’air pur, les animaux et les êtres humains vivant à proximité des lieux d’extraction de gaz de schiste ont pu se remplir les poumons de produits cancérigènes, neurotoxiques, mortels.

 

Rien de grave. Dans un monde libéral, que sont quelques dizaines de milliers de vies à côté de centaines de milliards d’euros? Qu’est-ce que la nature à côté de centaines de milliards d’euros? Tous en chœur, les plus gros lobbies de la planète rétorquent à leurs impuissants opposants: «L’extraction des gaz de schiste n’est pas si dangereuse. Aucune étude n’a suffisamment de recul pour prouver la nocivité de la fracturation hydraulique. Nous n’avons pas de temps à perdre si nous voulons rester compétitifs. L’enjeu économique est énorme, et si nous ne faisons rien, notre pays est condamné à la faillite.». Certes, le libéralisme est condamné à la faillite, mais pas les sociétés humaines qui pourront toujours se reconstruire autrement.

 

En 1950, au moment où les premières centrales nucléaires étaient construites, on nous expliquait que l’énergie atomique était sûre et économiquement impérative. En 1990, on nous disait que les téléphones portables étaient sans danger. Vingt ans plus tard, alors que les mobiles et les antennes relais sont omniprésents, l’OMS nous déclare timidement que finalement, les portables seraient peut-être dangereux pour la santé et que le principe de précaution devrait d’être appliqué. Si vingt années sont nécessaires à l’OMS pour dévoiler un secret de Polichinelle, combien de temps faudra-t-il à nos dirigeants pour admettre que l’extraction du gaz de schiste est une catastrophe écologique et sanitaire?

 

Qu’on ne nous dise pas qu’aucune donnée scientifique ne prouve la nocivité de l’extraction des gaz de schiste. Le rapport d’André Picot, directeur de recherche honoraire du CNRS, président de l’Association Toxicologie (ATC Paris), de Joëlle et Pierre DAVID, Membres de l’ATC Paris et de Jérôme TSAKIRIS Membre de l’ATC Paris est accablant :

 

« Pour l’Agence Américaine de l’Environnement (EPA) (…), il semble parfaitement acquis que les dangers écologiques, sont bien plus considérables que les retombées économiques, pourtant très rentables pour les pétroliers et accessoirement pour les populations locales. (…) Si le gaz de schiste ou roche-mère est devenu récemment la seconde source énergétique des Etats-Unis, il serait inacceptable que la France suive cet exemple, tant le désastre écologique est probant outre-Atlantique. (…) Dans les eaux usées rejetées lors de la fracturation apparaissent de nombreux sels hydrosolubles (…). Beaucoup de ces éléments sont toxiques pour l’Homme, dont certains très toxiques. (…) Comble de difficultés, ces eaux rejetées, peuvent aussi concentrer des éléments radioactifs comme le radium 222, qu’il est pratiquement impossible d’éliminer. Tous ces risques toxiques à plus ou moins long terme, ne doivent pas faire oublier les éventuels risques d’explosions et d’incendies, liés à la présence dans l’eau de sortie de gaz en particulier du méthane extrêmement volatil et très inflammable. (…) Nous avons été très sensibles à l’étude récente du Professeur Robert Howarth de l’Université Cornell, qui estime que l’impact de l’exploration des gaz de schiste sur le réchauffement climatique pourrait dépasser de 20% celui du charbon !!»

 

« Diverses roches (…) hébergent des colonies de bactéries quasi-anaérobies, (… ) qui (…) libèrent du sulfure de dihydrogène (H2 S) gaz très toxique rencontré de temps à autre dans les gaz remontés au cours de la fracturation. Il ne faut pas oublier que ce gaz nauséabond (à l’odeur d’œuf pourri), tue plus rapidement que le monoxyde de carbone (CO), et est par ailleurs doué d’un effet anesthésiant puissant sur le nerf olfactif. Ceci pourrait expliquer certains décès dans la population vivant à proximité des exploitations, mais également certains évènements comme les « pluies d’oiseaux [morts] » constatées aux Etats-Unis. »

 

« Aux Etats-Unis, l’exemple de la Pennsylvanie est particulièrement éloquent. Si 71.000 puits sont exploités actuellement (il y en avait 36.000 en 2000), des régions entières de cet état très verdoyantes sont maintenant quasi désertiques, les nappes phréatiques étant asséchées et le sous-sol totalement pollué, avec en plus une eau de surface partiellement radioactive. »

 

Signalons qu’avec la fracturation hydraulique, nous avons une raison de plus de douter que l’enfouissement de nos déchets nucléaires à 500 mètres de profondeur pourrait ne pas être sans conséquence pour notre environnement et les générations futures.

 

Texte de Matthieu Stelvio; Pour la dernière partie: citations du rapport d’A. Picot, de J. et P. David et de J. Tsakiris.

 

Lien vers le rapport de toxicologie.

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Published by Matthieu Stelvio - dans Ressources et énergies
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