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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 15:03

benzeeland.jpg - Si je ne me trompe pas, tu as traversé la plaine du Pô en Italie, ça t'a plu? Personnellement, je n’en ai pas un excellent souvenir?

 

- Oui, effectivement, j'ai traversé la plaine du Pô, mais on ne peut pas dire que ce soit mon meilleur souvenir, il faisait froid, de la pluie, de la brume, c'était encore le début de mon voyage, et surtout mon téléphone portable ne marchait plus. Or j'en avais besoin pour appeler mes filles (je ne trouvais pas d'Internet gratuit, je n'avais pas encore eu la chance d'expérimenté Skype, et les cabines téléphonique ne marchaient pas). J’étais complètement détaché de l'aspect matériel, mais j'avais besoin de rester en contact avec mes filles, je ne voulais pas qu'elles aient l'impression que je les aie abandonnées…

 

- Peux-tu nous parler des gens sympas que tu as croisés?

 

- J'ai croisé un Italien à Milan vraiment chouette passionné de vélo qui m'a laissé sa maison pendant qu'il allait bosser, un type formidable.
Marc, un français que j'ai croisé en Croatie. Il faisait un peu le même périple que moi et qui était un peu dans la même démarche (pédaler peinard, sans but précis, sans se prendre la tête). J'ai passé quelques jours avec lui, on s'est retrouvé en Hongrie quelques mois plus tard dans Budapest, et l'on s'est de nouveau vus en Slovaquie. Je suis toujours en contact avec lui.
Jeff, un motard avec qui j'ai passé une chouette soirée dans un petit camping en Grèce. Le truc énorme, c’est que je l'ai recroisé par hasard en République Tchèque trois mois plus tard, on s'est donc donné rendez-vous à Prague où l'on a passé quelques jours ensemble à visiter cette belle ville; et de nouveau par le plus grand des hasards on s'est recroisés dix jours plus tard au milieu de Berlin. Enorme! Il y a des signes comme ça dans la vie... Avec lui aussi, je suis resté en contact.
J'ai aussi croisé des autochtones très chouettes. En Turquie, un jeune prof de math m'a accueilli dans la bergerie de son père et m'a payé un resto.
Des albanais m'ont offert le café. Des Turcs ont passé une demi-journée à discuter avec moi. A Istanbul des types m'ont invité à partager leur barbecue: chouette moment! En Roumanie, j'ai dormi dans une vieille caravane avec des gens vraiment simples et chouettes qui baragouinaient quelques mots de français. Des petits riens très touchants. En Slovénie, à Ljubljana, un couple, lui Russe, elle Slovaque, avec qui j'ai passé trois jours magnifiques, m’a fait découvrir la capitale et la campagne slovène, un petit moment de pur bonheur.


- Tu prenais le temps de faire des pauses quand tu trouvais un petit coin paradisiaque?

 

- Ah oui! Ce n'était pas pour moi une compét', une course à l'échalotte ou une performance sportive. C'était avant tout un besoin de me ressourcer, un art de vivre, un voyage contemplatif. Je faisais en moyenne entre 80 et 120 km par jour, mais il m'arrivait de n'en faire que 30 si je tombais sur un chouette coin ou sur des gens sympas. Il m'arrivait aussi de rester dans un endroit plusieurs jours même si je ne l'avais pas prévu la veille. En général lorsque j'arrivais dans une grosse ville (Milan, Lubjana, Istanbul, Dubrovnik, Budapest, Prague, Berlin…), je restais plusieurs jours, mais même à la campagne si j'avais envie de me poser, de me faire un bon resto, de me baigner, de faire une sieste, de boire des bières, et de ne plus être en état de repartir ça n'était pas un problème, bien au contraire!


- Tu as connu de grosses galères?

 

- Franchement, non, ou je ne m'en souviens plus! Ou alors je les ai enfouies dans un coin de mon cerveau pour ne garder que le meilleur.
En y réfléchissant, j'ai eu bien sûr des petits moments de blue's, des coups de mou, des jours avec de la pluie et du froid sans discontinuer avec toutes les fringues et la tente trempées en Roumanie. Une nuit dans les montagnes au Monténegro, impossible de trouver un endroit où dormir alors qu'il commençait à faire nuit… et une tempête qui se lève! En Allemagne, un chasseur m'a réveillé en pleine nuit et m'a demandé de ranger ma tente et de dégager. Une gastro, une turista (je buvais l'eau du robinet…) qui m'est tombée dessus à Istanbul, et qui a duré presque 10 jours (8 kilos de perdu!)… déjà que je ne suis pas gros, mais là… je n’étais pas beau à voir…
Mais tous ces moments, ce n'est rien à côté de tous ces moments de bonheur. A aucun moment, même dans ces moments difficiles, je n'ai eu envie d'arrêter, j'étais bien dans mon voyage; et si je pouvais repartir, je repartirais demain !


- Tu as croisé de drôles de bêtes plus ou mois sympathiques?

 

- Oui !… Des chiens qui m'ont coursé en Albanie, au Monténégro et surtout en Roumanie. Une fois, j'ai eu vraiment peur: en bas d'une descente, dans un virage ils ont foncé droit sur moi… j'ai pédalé comme jamais!… ET surtout un soir dans un bois en République Tchèque: j'avais trouvé un coin tranquille; et dans la nuit j'entends un bruit, des branches qui craquent, ça se rapproche, ça se rapproche… en fait c'était des sangliers qui ont tourné autour de la tente à la recherche de glands, j'étais effrayé, ils ont fini par s'éloigner mais… mais… une heure plus tard un autre bruit: une autre bête seule, plus imposante (en tout cas dans mon esprit, car je n'ai pas osé sortir de ma tente), j'étais pétrifié, je ne respirais plus, j'ai vraiment cru qu'il s'agissait d'un ours… je ne saurais jamais ce que c'était: un ours, un sanglier solitaire… En tout cas, cette nuit-là, je n'ai pas fermé l’œil, et dès que le soleil s'est levé, j'ai remballé et je me suis cassé vite fait!

 

- Tu as deux petites filles, n'était-ce pas un peu difficile de t'en séparer pendant ces 6 mois de voyage?

 

- Effectivement, j'ai deux filles, Agathe 10 ans et Gwladys 7ans. C'était au départ un handicap, je ne me voyais pas partir 6 mois sans les voir, j'avais peur qu'elles prennent ça pour un abandon. Et puis, je ne voulais pas, même si nous sommes divorcés, laisser à la maman la charge des puces. Je me suis arrangé avec mes parents et mon frère pour qu'ils puissent s'en occuper dès que mon ex en aurait besoin ou dès que mes filles en sentiraient le besoin. De plus, j'ai créé un blog pour qu'elles puissent suivre mon voyage, je leur écrivais, je leur téléphonais, leur envoyais des mails régulièrement, j'ai également travaillé avec l'instit' de la plus grande pour que, dans sa classe, les enfants puissent suivre mon voyage. De plus, je leur ai pris avant le départ, un billet d'avion au départ de Roissy pour Vienne en Autriche début Août (c'était la première fois qu'elles prenaient l'avion!…)… Je suis donc arrivé à Vienne, j'ai laissé mon vélo à la consigne de l'aéroport (150 euros pour 15 jours… pff…), j'ai loué une voiture, on est partis en Slovaquie où j'avais préalablement loué un gîte, on a passé 15 jours magnifiques. Par contre, ce fut difficile de les remettre dans l'avion après ces deux semaines et de reprendre mon voyage tout seul…

 

- Es-tu attaché aux problématiques écologistes ou pas vraiment?

 

- Oui bien sûr, surtout comme je le disais au début de l'interview, je travaille dans un Parc Naturel Régional. J'ai des valeurs et des convictions qui font que je suis sensible à l'environnement, aux changements climatiques et à notre responsabilité sur cette Terre… Le vélo est un bon moyen de voyager sans polluer… de découvrir le monde, les paysages qui nous entoure et ce qu'on en fait… J'ai vu des coins magnifiques mais aussi des endroits pollués, bétonnés et ça m'attriste… Combien de criques magnifiques dénaturées par la pression immobilière, par l'industrie du tourisme de masse, par la corruption et par la négligence.

 

- Un an après cette formidable aventure que tu as su nous faire partager sur ton blog, as-tu de nouveaux projets de voyage à vélo?

 

- Hélas non… pour des raisons financières, et humaines (mes filles, la première chose qu'elles m'ont dit lorsque je suis rentré : "Papa, tu ne pars plus"…). Mais j'envisage l'an prochain ou dans deux ans de faire pendant les vacances le canal Nantes-Brest à vélo le long des chemins de halage avec mes deux filles… Bon, ce ne sera pas la même chose, mais j'aimerais leurs donner le goût du voyage, de l'aventure et des choses simples…

 

Merci à Greg! (Sur la photo: Ben, un ami de Greg)

Pour en savoir plus sur le voyage de Greg: http://gregeuropetour.blogspot.com/ 

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Published by Beaucoup de Greg et un peu de Matthieu - dans Douces vies - doux voyages
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