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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 21:54

 A propos de la pétition Non au passage du Tour de France 2013 au Col de Sarenne.


1 février 2013, lettre ouverte au Directeur du Tour de France.

 

Monsieur,

 

Vous avez l’intention de faire passer le 18 juillet prochain les coureurs du Tour de France sur la route pastorale du Col de Sarenne. Nous sommes nombreux à nous inquiéter de la disproportion de l’impact environnemental que pourraient avoir les travaux afférents à l’événement et l’étape en elle-même. La pétition Non au passage du Tour de France au Col de Sarenne a ainsi récolté plus de 4000 signatures.

Très peu fréquentée (sur 16 kms, on ne compte que deux traces de civilisation : un refuge et une bergerie), la route reliant l’Alpe d’Huez à Clavans traverse un espace sauvage d’une grande richesse. Les paysages sont somptueux, la flore est luxuriante, la faune est opulente. Outre les chamois, niverolles, aigles royaux et marmottes, certaines espèces très fragiles, menacées d’extinction, sont présentes sur le site : des tétras lyre et des lagopèdes.

Au Col, on ne dénombre guère plus d’une voiture toutes les dix minutes en période de pointe : autant dire que nous avons affaire à une belle terre de quiétude ! D’ailleurs, compte tenu du caractère singulier de cette route pastorale, un arrêté municipal datant de 1989 y limite la vitesse à 20 kilomètres/h. 20 kms/h !? Le Tour serait-il une fois de plus au-dessus des lois ? Notez que la route est si sauvage qu’elle se confond même, par endroits, avec le célèbre GR54. Le peloton a-t-il sa place sur les chemins de randonnée du Tour des Ecrins ?

Spécifiquement pour cette étape, des travaux vont être engagés. Tenant compte de l’étroitesse de la chaussée, de son état, des éboulements récurrents, de la sinuosité et de la déclivité de la descente, nous pouvons aisément imaginer que si vous tenez à ne pas envoyer trop de coureurs à l’hôpital, l'ampleur des travaux (purge, goudronnage, aménagement des virages) sera importante. Ce n’est pas un hasard si, à ce jour, le Tour de France est passé 27 fois à l’Alpe d’Huez et zéro fois à Sarenne.

Certains penseront peut-être : un peu de goudron en plus, un peu de goudron en moins, quelle importance ? Leur tort serait de faire abstraction du contexte : interposé entre les stations de l’Alpe d’Huez et des Deux Alpes, l’étau se resserre autour de l’Oisans sauvage ; et vous comprendrez certainement, Monsieur Prudhomme, que nous sommes nombreux à être attachés à une beauté qui, décennie après décennie, se réduit comme nos glaciers ! C’est pourquoi nous souhaitons que la tranquillité du Col de Sarenne soit respectée. Non, vraiment, nous avons beaucoup de mal à accepter que des travaux soient engagés dans le secteur pour une simple journée de vélo. (C’est à Sarenne que j’ai vu pour la première fois des chamois, ne les faites pas fuir !)

Nous ne sommes pas dupes, et restons persuadés que ces premiers « aménagements » de la route pastorale pourraient être les prémices d’une dénaturation beaucoup plus importante du site ; en témoigne ce propos du maire de l’Alpe d’Huez : « [ce premier passage du Tour de France] offre beaucoup de possibilités pour le futur ». Qu’entend-il au juste ? Démentirait-il que, par le passé, certains entrepreneurs ont clairement manifesté leur désir de relier la station de l’Alpe d’Huez à Clavans ? 

Vous nous rétorquerez sans doute que pour faire passer le Tour de France par Sarenne, vous avez obtenu l’autorisation des maires concernés ; mais n’oubliez pas que si l’Oisans appartient à ceux qui y vivent, il appartient également à tous. Sa richesse fait parti du patrimoine commun de ceux qui ont aimé la montagne, de ceux qui l’aiment et de ceux qui la découvriront ; en somme : de nous tous !

En 2011 déjà, l’arrivée au Cap Fréhel, au beau milieu de « landes uniques en Europe », n’a-t-elle pas été qualifiée « d’hérésie » par un professeur d’Université spécialisé en environnement ? Répondez-nous ! L’an dernier, pour subvenir aux besoins de votre entreprise, le sommet de la Planche des Belles Filles n’a-t-il pas été rasé et bétonné ? Répondez-nous ! A Sarenne, la foule, les véhicules, les travaux, les hélicos auraient-ils un impact positif sur l’environnement ? Répondez-nous ! Pour une simple journée de course, tout ce remue-ménage dans ce vaste espace sauvage est-il raisonnable ? Répondez-nous ! De tels comportements ne sont-ils pas à l’origine de la catastrophique accélération de l’érosion de la biodiversité, de la crise écologique actuelle, de la crise sociale qui en découle ? Répondez-nous ! Imaginez que nous soyons sept milliards à agir de la sorte, à impacter durablement la nature pour 30 minutes de divertissement : que deviendrait notre planète ? Répondez-nous !

Nous sommes plus de 4000 à vous demander de respecter Sarenne, ce sublime sanctuaire sauvage ; et nous vous invitons à modifier le tracé de l’étape du 18 juillet en suivant un autre itinéraire qui pourrait être : Bourg d’Oisans – Huez – Villard Reculas – Allemont – Bourg d’Oisans – Alpe d’Huez. Ainsi, le profil de votre course ne serait que très peu affecté, et Sarenne demeurerait encore et toujours en paix !

« Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité. » disait Gandhi.

Ayez cette phrase en tête. Agissez en votre âme et conscience.


Matthieu Stelvio, initiateur de la pétition Non au passage du Tour de France 2013 au Col de Sarenne

 

 

 

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1er mars 2013, lettre ouverte au Préfet de l'Isère.


 

Monsieur Le Préfet,

Les organisateurs du Tour de France projettent de faire passer leur épreuve par le Col de Sarenne le 18 juillet prochain. Nous sommes nombreux à nous inquiéter de la disproportion de l’impact environnemental que pourraient avoir les travaux afférents à l’événement et l’étape en elle-même. La pétition Non au passage du Tour de France au Col de Sarenne a ainsi récolté plus de 6500 signatures. (1)

Reliant l’Alpe d’Huez à la commune de Clavans, la route pastorale menant à Sarenne passe par l’aire optimale d’adhésion du Parc National des Ecrins. (2) Son cadre est sauvage : sur 16 km, on ne compte que deux modestes bâtiments (un refuge et une bergerie). Les paysages sont somptueux (vues sur la Vallée du Ferrand, les Plateaux d’Emparis, les Glaciers de la Meije). Le GR54 (Tour des Ecrins) longe la route pastorale, et s’y confond même sur plusieurs kilomètres.

Fermée 8 mois sur 12, cette route est très peu fréquentée : en période de pointe, on n’y dénombre guère plus d’une voiture toutes les dix minutes. Compte tenu du caractère exceptionnel du site, il est à noter qu’un arrêté municipal y limite la vitesse à 20 km/h. (3)

Intégralement située dans la Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) du Massif des Grandes Rousses (4), la route de Sarenne traverse la zone d’étude (5, p°205) du rapport « Natura 2000 Vallée du Ferrand – Plateau d’Emparis ». (5) Pour le Conservatoire Botanique National Alpin, la « diversité floristique exceptionnelle [de la zone] permet de [la] classer parmi les plus riches régions de France sur le plan botanique. » (5, p°159) Ainsi, « parmi les 758 espèces végétales observées sur le site, 28 figurent au Livre Rouge des espèces menacées dans la région Rhône-Alpes. » (5, p°165) Et 23 sont inscrites au Livre Rouge National. (5, p°164) De plus, « la diversité faunistique du site est remarquable. (…) L’excellent état de conservation de la plupart des habitats naturels ou semi-naturels, peu perturbés, ainsi que les vastes étendues permettent le maintien d’espèces animales rares à peu fréquentes et nécessitant des territoires importants. » (5, p°167) Ainsi, « 95 espèces sur les 146 Vertébrés recensées sont protégées au plan national ». (5, p°170)

A la fin du printemps, pour l’accueil du Tour de France (6)(6a), des travaux (goudronnage, aménagements des virages, purges) vont être engagés sur ce périmètre exceptionnel (6)(7) ; et ce, afin de permettre aux coureurs et aux véhicules suiveurs de descendre à toute vitesse. Compte tenu de l’étroitesse de la chaussée, de son état, des éboulements récurrents, de la sinuosité de la descente et de la raideur de la pente, l'ampleur des travaux sera importante. (5)(6)(7)(8)(9) Dans un environnement fragile, la réfection d’une route n’est pas anodine. (10)

Par ailleurs, la montée du peloton au Col de Sarenne nous inquiète. En effet, les derniers kilomètres d’ascension bordent une zone humide qui fait l’objet d’un arrêté préfectoral de protection de biotope. (11)(12) Ce dernier atteste « qu’il y a lieu de réglementer les activités sur [le] périmètre de [la zone] afin d’assurer la préservation et la tranquillité de certains biotopes nécessaires à l’alimentation, la reproduction, au repos et à la survie de plusieurs espèces animales protégées ». (11) En ce lieu, les organisateurs du Tour de France attendent une foule importante (6) qui, inévitablement, piétinera et altérera la zone protégée (située à 7 mètres de la chaussée). (11 ; cf. article 7.3)(12) Dans ce même secteur, la route traverse deux ZNIEFF de type 1 (13) qui abritent, entre autres, des aigles royaux (espèce protégée au niveau national) et des tétras lyre (qui font l’objet d’un plan d’actions de conservation soutenu par la Région Rhône Alpes et l’Etat -14-). Habitués à la plus grande quiétude, tous ces animaux de montagne ont une vie rude, et un stress prolongé peut lourdement impacter leur survie. Nous pensons, par exemple, aux petits tétras lyre qui naissent fin juin. (15)

En résumé, en empruntant la route pastorale, le Tour de France aura des conséquences inquiétantes sur les biotopes des pentes de Sarenne et de la vallée du Ferrand (travaux, pollution, foule sur plusieurs jours...), et impactera le périmètre d’une zone humide protégée.

En outre, le maire de l’Alpe d’Huez a déclaré que ce premier passage du Tour de France à Sarenne, rendu possible par des travaux allant dans le sens des investisseurs (16)(17)(18)(19)(20), "offre beaucoup de possibilités pour le futur". (21) Interposé entre les stations de l’Alpe d’Huez et des Deux Alpes, l’étau se resserre autour de l’Oisans sauvage ; et vous comprendrez certainement, Monsieur Le Préfet, que nous sommes nombreux à être attachés à une beauté qui, décennie après décennie, se réduit comme nos glaciers ! Accepter une atteinte, c’est ouvrir la porte à d’autres atteintes ; et nous voulons préserver Sarenne, lieu de quiétude, de toute pression économique. Nous avons beaucoup de mal à accepter qu’un site naturel exceptionnel (jusqu’ici préservé) soit durablement impacté pour quelques minutes de spectacle télévisuel.

Nous avons cherché à ouvrir le dialogue avec les organisateurs du Tour de France, mais notre lettre ouverte demeure sans réponse. (22) Nous leur avons pourtant proposé un itinéraire alternatif (Bourg d’Oisans – Huez – Villard Reculas – Allemont – Bourg d’Oisans – Alpe d’Huez) qui ne compromettrait pas l’étape en question ; il existe encore d’autres solutions (la montée de l’Alpe d’Huez pourrait n’être grimpée qu’une seule fois).

Par conséquent, nous sommes plus de 6500 à vous demander de vous prononcer en défaveur du passage du Tour de France sur la route pastorale du Col de Sarenne. (1)

Je vous prie d’agréer, Monsieur Le Préfet, l’expression de ma très haute considération.

 

Matthieu Stelvio, porte-parole des signataires de la pétition Non au passage du Tour de France 2013 au Col de Sarenne

 


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17 avril 2013, lettre ouverte au Directeur du Tour de France.

 

 

Monsieur,

 

Nous sommes 10.000 à vous demander de ne pas faire passer le Tour de France au Col de Sarenne. Nous estimons que dans un milieu naturel aussi préservé, l’impact environnemental d’un tel événement n’est pas proportionné à un enjeu déconnecté de l’intérêt public.

Fermée huit mois sur douze, la route pastorale de Sarenne est singulière, la vitesse y est limitée à 20 km/h. Elle se confond avec le chemin de randonnée du Tour des Ecrins. En période de pointe, on y croise tout au plus une voiture toutes les dix minutes.

Jouxtant les trois derniers kilomètres d’ascension, le marais du Col de Sarenne est protégé par un arrêté préfectoral attestant que « le biotope d’une espèce résulte des interactions entre la faune, la flore et les caractéristiques physiques et chimiques du milieu, et qu’une perturbation ou une atteinte portée à l’un de ces éléments peut engendrer un déséquilibre préjudiciable » ; et « qu’il y a [donc] lieu de réglementer les activités sur le périmètre [de la zone humide] afin d’assurer la préservation et la tranquillité de certains biotopes nécessaires à la survie de plusieurs espèces animales protégées ». L’article 7 interdit même toute manifestation sportive sur un périmètre qui sera inévitablement piétiné par la foule du Tour de France !


Au-delà de cet arrêté, la route pastorale de Sarenne traverse la vallée du Ferrand dont la « diversité floristique exceptionnelle [en fait, selon le Conservatoire Botanique National Alpin, l’une] des plus riches régions de France sur le plan botanique » : 758 espèces végétales y sont recensées ! Dans ce vaste espace, on ne dénombre pas moins de 100 espèces animales protégées dont de majestueux rapaces : des aigles royaux, des circaètes Jean-le-Blanc, des gypaètes barbus, des milans royaux, des autours des palombes, des éperviers d’Europe, des busards cendrés… Sur ces pentes vivent également de rares et chétifs coqs sauvages : des lagopèdes, des tétras lyre (dont les petits naîtront une semaine avant le Tour de France). Parmi tous ces animaux, certains sont en danger d’extinction sur la liste rouge européenne, notamment le bruant ortolan, un joli petit passereau ou encore l’azuré du serpolet, un sublime papillon ! En ces lieux s’épanouissent des mésanges bleues, des mésanges noires, des mésanges huppées, des mésanges charbonnières, des mésanges nonnettes, des mésanges à longue queue, des mésanges boréales… des apollons, des sizerins flammés, des chevaliers guignettes, des hirondelles des roches, des niverolles des neiges … et des dizaines d’autres espèces protégées ! Le Conservatoire Botanique National Alpin estime que « la faune de la vallée du Ferrand est remarquable », et que « l’excellent état de conservation de la plupart des habitats naturels, peu perturbés, permet le maintien d’espèces animales rares ».

Habitués à la plus grande quiétude, tous ces animaux de montagne ont une vie rude, et un stress prolongé peut lourdement impacter leur survie. La perturbation de cet équilibre délicat ne peut se justifier que par un intérêt public majeur, et non par un événement sportif éphémère. Or, c’est pour optimiser le confort des coureurs et des centaines de véhicules qui les accompagnent que des travaux vont être entrepris sur la route pastorale de Sarenne ; et ce, à votre demande, et non à celle de la population locale.

Au-delà des arrêtés préfectoraux, des espaces Natura 2000, des Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique, Floristique et Faunistique, nous défendons une beauté fragile et indicible. Au Col de Sarenne, il n’est pas rare de voir un randonneur s’asseoir et rester un long moment à contempler le paysage, à savourer le silence, à rêvasser face aux Plateaux d’Emparis et aux Glaciers de la Meije.

Essayez de comprendre ce qui nous rattache au lieu que vous voulez utiliser pour votre course. Sarenne, c’est un autre monde, celui de la montagne préservée : notre sentiment, c’est qu’il ne faut pas y toucher ; en tous les cas, pas pour une journée (aussi belle soit-elle) de Tour de France. Ne soyons pas naïfs : si vous commencez à y toucher, d’autres s’en donneront le droit !

Nous ne voulons pas bloquer votre épreuve, nous souhaitons simplement qu’une fois à Huez, le peloton tourne vers Villard Reculas plutôt que vers Sarenne. Au fond, ça n’affecterait que très peu la morphologie de l’étape ; par Villard Reculas, le risque de chute serait même considérablement réduit !

Opter pour Villard Reculas plutôt que pour Sarenne, ce serait changer 10.000 colères en 10.000 sourires !

Donner le sourire, ne serait-ce pas la vocation première du Tour de France ?

Respectueusement,

Matthieu Stelvio

 

 

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7 mai 2013, lettre ouverte à la Préfecture de l'Isère.

 

 

Mesdames, Messieurs,


   Le 1er mars 2013, les signataires de la pétition « Non au passage du Tour de France 2013 au Col de Sarenne » ont envoyé une lettre ouverte au Préfet de l’Isère. (1) Le 5 mai, nous accusons réception d’un courrier de la Préfecture nous apportant des éléments de réponse.

   La Préfecture de l’Isère déclare « qu’afin de fermer l’accès à la route du Col de Sarenne à tout véhicule motorisé, des poses de barrières seront réalisées plusieurs jours avant le passage de l’épreuve. » Bien que d’un certain point de vue, il puisse s’agir d’une privatisation (temporaire) du domaine public, cette mesure est positive mais nous semble insuffisante : le peloton du Tour de France est accompagné par 2200 véhicules (2) ; une grande partie d’entre eux franchira le Col de Sarenne à une allure bien supérieure aux 20 km/h autorisés. (1)

   Jouxtant les trois derniers kilomètres d’ascension, le marais de Sarenne est protégé par un arrêté préfectoral attestant « qu’il y a lieu de réglementer les activités sur le périmètre [de la zone humide] afin d’assurer la préservation et la tranquillité de certains biotopes nécessaires à la survie de plusieurs espèces animales protégées ». (3) L’étape faisant l’objet d’une promotion exceptionnelle, des responsables locaux ont annoncé attendre 2 millions de spectateurs entre Bourg d’Oisans et le Col de Sarenne ; la zone humide de Sarenne sera piétinée par cette foule qui laissera son empreinte. Ainsi, au Mont Ventoux en 2009, suite à une étape, ce sont plus de 20 tonnes de déchets qui ont été récoltées. (2) N’oublions pas les peintures étalées sur le bitume qui finissent par se répandre dans la végétation alentour. (4)

   Le 8 avril dernier, nous demandions à la Préfecture s'il était possible de n'autoriser les travaux qu'après dépôt, réception et analyse de l’étude d’incidences sur les sites Natura 2000. Nous apprenons que les organisateurs du Tour de France ont fourni ce dossier (mais a priori sans y joindre d’étude d’impact sur la zone humide protégée qui est située, rappelons-le, en dehors de la zone d’étude Natura 2000). Le dossier a été reçu, mais il n’a pas été, à notre connaissance, analysé et validé. Pour autant, nous apprenons que le début des travaux est fixé au 13 mai.

   Concernant la mise en chantier de cette route, la Préfecture nous informe « qu’il ne s’agit en aucun cas de travaux spécifiques engagés à l’occasion du passage du Tour de France mais de travaux nécessaires et planifiés sur l’intégralité (…) de la route (…) afin d’accueillir en toute sécurité les cyclistes ». Nous prenons note, mais faisons cependant remarquer que le maire de l’Alpe d’Huez a déclaré à propos des organisateurs du Tour de France : « Ils m'ont demandé si on était capable dans l'Oisans de refaire cette route dans la vallée du Ferrand et de permettre le passage du Tour de France en 2013 ». (5) Une telle déclaration nous conduit à établir un lien entre le chantier et l’épreuve sportive. Par ailleurs, dans la conférence de presse donnée par le maire de l’Alpe d’Huez le 26 octobre 2012, les travaux mentionnés sont corrélés au passage du Tour de France. (6)

   Le fait que les travaux soient « planifiés » (depuis 2011 ?) n’empêche pas que s’ils soient motivés par le Tour de France ; car si le passage de l’épreuve au Col de Sarenne a été rendu public en octobre 2012 (6), l’administration locale prépare ce passage dans la confidentialité depuis juin 2010 (7)(5) (soit, sauf erreur de notre part, trois mois après que la gestion de la route de Sarenne passe de la compétence du département à celle de la Communauté de Communes de l’Oisans). (8) La presse (Le Dauphiné Libéré, France 3) fait le lien entre les 500 000 euros de travaux et le Tour de France. (5)(9) Par ailleurs, avant même que les médias n’en parlent, la population locale mettait en relation le chantier et l’épreuve sportive : « Il devrait y avoir des travaux prochainement pour améliorer toute la route en vue de faire passer une course de vélo importante l’année prochaine. » (Philippe B., 10 juillet 2012) (10)

   Nous pensons donc que l’impact des travaux sur la faune et la flore doit être pris en compte dans l’étude d’incidences déposée par les organisateurs de l’épreuve ; et qu’il serait légitime que ce dossier soit analysé et validé avant que les travaux commencent.

   Concernant le coût des travaux estimé à 500 000 euros sur 14 km, nous signalons, pour comparaison, que la création (si souhaitée par les cyclistes) de 11 km d’une large voie bitumée sur les berges de l’Isère a coûté 450 000 euros en 2007. (11) D’autres aménagements nous semblent prioritaires : ainsi, 605 signataires demandent une liaison cyclable entre Seyssins et Claix. (20) Si les cyclistes sont censés être les principaux bénéficiaires des travaux engagés à Sarenne, remarquons toutefois que de très nombreux cyclistes sont opposés à ce chantier, et ont signé la pétition (qui a, elle-même, été lancée par un cycliste) comme en témoignent, parmi d’autres, ces propos lus sur des forums spécialisés : « Nous, cyclistes, risquons avec le bitumage de perdre un peu ce qui fait la spécificité de ce col : tranquille, un peu sauvage, presque sans circulation. » « Il y a bien assez de routes dans nos Alpes qui permettent de faire de la nouveauté sans en rajouter. » « Ce qui fait le charme de la route de Sarenne, c’est son côté aventure, ambiance à l’ancienne. Sarenne, c’est le retour aux années 50 : on se sent propulsé hors du temps dans une nature infinie… Pour le coup, on se mettrait bien un boyau sur le dos ! Des routes comme ça, ’y en a pas deux ! » « [Mon col préféré ?] Le Col de Sarenne pour sa sauvagerie et ses chamois qui courent à coté de toi... et sa descente sur le lac de Chambon et la vue sur la Meije : la reine du Dauphiné. » (12)(13)(14)(15)(…)

  Quelle que soit l’ampleur des travaux, compte tenu du niveau de prise de risque des compétiteurs professionnels (qui n’hésitent pas à dépasser les 100 km/h), la descente du Col de Sarenne est mortellement dangereuse. D’ailleurs, l’an dernier, le chronomètre de la cyclosportive La Haute Route a été neutralisé pour cette raison. (15) Pour descendre « en toute sécurité », nous ne connaissons qu’un seul moyen : la prudence et le respect de la limitation de vitesse (20km/h).

   Notons que la route pastorale de Sarenne se confond avec le chemin de randonnée du Tour des Ecrins, et que les travaux (qui induiront une augmentation du trafic automobile touristique) n’enthousiasment pas les randonneurs.

   Le directeur de l’Office du Tourisme a déclaré vouloir exploiter le Tour de France et les travaux engagés à Sarenne pour faire de l’Alpe d’Huez « la capitale mondiale du vélo ». (6) Nous ne sommes pas d’accord avec cette perspective ! L’étau se resserre trop autour de l’Oisans sauvage qui est déjà suffisamment exploité par les stations de ski ! Nous en avons assez de voir nos montagnes recouvertes de voitures et de remontées mécaniques ! Nous voulons préserver et transmettre ces grands et beaux espaces où règnent toute la beauté et toute la quiétude de la nature ; ces grands et beaux espaces qui donnent tant de vigueur à notre département !

   Commencer des travaux le 13 mai, sans attendre la fonte des neiges, est préjudiciable pour la faune qui est encore si fragile après le rude hiver que nous venons de traverser. A peine sorties de leur terrier, les marmottes y sont renvoyées (espèce dont le taux de survie, cette année, sera sans doute voisin de 50%) !

   Nous insistons sur le contraste entre l’affluence de la foule du Tour de France et le caractère exceptionnel du site qui, d’après le Conservatoire Botanique National Alpin, compte 758 espèces végétales et 100 espèces animales protégées ; parmi lesquelles on notera le tétras lyre, l’aigle royal, le lagopède, le circaète Jean-le-Blanc, le milan royal, l’apollon, l’azuré du serpolet (en danger d’extinction), le bruant ortolan (en danger d’extinction)… (16)

   La perturbation de cet équilibre délicat ne peut se justifier que par un intérêt public majeur, et non par un événement sportif éphémère. Or, nous pensons que c’est pour optimiser le confort des coureurs et des centaines de véhicules qui les accompagnent que des travaux vont être entrepris sur la route pastorale de Sarenne ; et ce, à la demande des organisateurs du Tour de France, et non à celle de la population locale (cf. « Ils m’ont demandé »). (5) A l’échelle de la planète, ces deux derniers siècles, la vitesse d’érosion de la biodiversité a été multipliée par un facteur compris entre 100 et 1000 ; et cette affaire nous semble symptomatique de la crise écologique actuelle.

   Un itinéraire alternatif (par Villard Reculas) existe. Son utilisation ne nécessiterait pas (ou peu) de travaux, aurait un impact environnemental tout à fait raisonnable ; et offrirait aux coureurs une descente nettement mieux sécurisée.

   Nous avons envoyé deux lettres ouvertes aux organisateurs du Tour de France. (17)(18) Nous n’avons obtenu aucune réponse, et regrettons leur refus d’ouvrir le dialogue.

   Voici donc, en résumé, notre point de vue sur le passage du Tour de France 2013 au Col de Sarenne. Par ailleurs, nous souhaiterions vous remettre prochainement la liste des 10 530 signataires de notre pétition. (19) Nous restons à votre disposition.

   Je vous prie d’agréer, Mesdames, Messieurs, représentants de l’Etat, l’expression de ma très haute considération.


Matthieu Stelvio, porte-parole de la pétition « Non au passage du Tour de France 2013 au Col de Sarenne »

 

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Published by Matthieu Stelvio - dans Révoltes et iniquités
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