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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 18:43

Avis aux coureurs honnêtes : cet article ne vous concerne pas. Mais de fait, rien de plus facile que de décrédibiliser le Tour de France. Alberto Contador, le vainqueur des éditions 2007, 2009 et 2010, a frôlé cet hiver la suspension d'un an pour dopage auprès de la Fédération espagnole de cyclisme. Il avait été interdit de départ sur la grande boucle en 2006, et son équipe (Astana) en avait été privée en 2008. On le retrouve pourtant en course cette année.

Le vainqueur de l'édition 2006, Floyd Landis, a été déclaré positif quatre jours après sa victoire. N'allons même pas plus loin dans l'hécatombe… Rasmussen, Ullrich, Vinokourov, Basso, Riccò, affaire Puerto… Les affaires sont si nombreuses qu'on pourrait en écrire une encyclopédie.

Les petites combines des coureurs dopés

En 2010, Ettore Tori, procureur anti-dopage du Comité olympique national italien, faisait part de son désarroi :

« Au plus je m'investis dans ces dossiers, au plus je me rends compte que le dopage s'étend. Et je ne pense pas que cela soit prêt de s'arrêter. »

 

Les autotransfusions sanguines restent indétectables, et les coureurs peuvent aisément gonfler leur hématocrite sans être pris. Et il y a aussi tout un tas de petites combines, comme l'explique l'ancien coureur Jesús Manzano :

« Pour les contrôles, on a des produits, fabriqués par des labos clandestins exprès pour nous, qui détruisent les échantillons d'urine. Ça se présente sous la forme d'un grain de riz que l'on introduit dans l'urètre avant d'aller uriner. »

 

Par ailleurs, les organisateurs du Tour ont un comportement plus que douteux. Ainsi, en 2010, ils ont relégué au second plan l'AFLD, l'Agence française de lutte contre le dopage, pour laisser à l'Union cycliste internationale (UCI) le soin de gérer la lutte anti-dopage. Une manœuvre dénoncée Marie-George Buffet, ancienne ministre des Sports, comme le signe de « la volonté de l'UCI d'écarter l'AFLD sous la pression de certaines équipes et lobbies financiers » hostiles à l'agence française.

Le Tour, une rentable machine à fric

Si le Tour de France existe encore, c'est sans doute parce que c'est une machine à fric rentable. Diffuser devant des millions de personnes plusieurs heures par jour les images de coureurs habillés en panneaux publicitaires doit rapporter pas mal d'argent.

Tout le monde sait que le Tour de France est une gigantesque imposture, mais ça reste une distraction, un truc à regarder quand, en vacances, étouffé par la chaleur estivale de l'après-midi, un peu au frais derrière les volets, on cherche à s'occuper. Les champions sont dopés : on sait bien que tout ça, c'est du cinéma, mais, fictif ou réel, le cinéma aide à lutter contre l'ennui, alors on accepte l'imposture.

Toutefois, il serait dangereux de croire que le Tour de France soit un gentil petit mensonge qui ne fait de mal à personne. Le dopage tue.

De nombreux cyclistes accros à la coke

Outre la mort de Marco Pantani, José María Jiménez, trois fois meilleur grimpeur du Tour d'Espagne, vainqueur de quatre étapes sur la Vuelta 1998, est mort à 32 ans d'une crise cardiaque après une grave dépression, comme le rappellait en 2006 Jesús Manzano à l'Equipe :

« Le dopage conduit à d'autres addictions. (…) Regardez Pantani, Vandenbroek et tous les autres (…). Ils sont nombreux les cyclistes ou anciens cyclistes accros à la coke, à l'héro ou aux autres médicaments. »

 

En 2009, trois ans après ce témoignage, Frank Vandenbroek mourrait d'une double embolie pulmonaire à 34 ans. En février dernier, sortant tout juste d'une suspension, Riccardo Riccò, grande vedette du peloton, était hospitalisé en urgence, suite à une transfusion sanguine qu'il venait de pratiquer.

Les petits coureurs victimes des mensonges des grands

Derrière tous ces grands champions que le dopage a tué, il y a des dizaines de milliers de petits coureurs qui ont passé leur enfance à rêver devant les exploits mensongers de leurs champions, et qui, aujourd'hui, sont victimes du système, qui doivent se charger pour rester dans la course ou pour se faire un nom. Et parmi eux, dans l'anonymat le plus total, certains succombent à un thrombus consécutif à une transfusion ou à une injection d'EPO, ou bien à un arrêt cardiaque consécutif à une prise de cocaïne ou d'amphétamine.

Et tout cela parce qu'on leur avait fait croire que les champions étaient réels, que le sport professionnel était un milieu dans lequel seule la volonté était récompensée. Puis au moment d'entrer dans la cour des grands, on leur explique que le mérite ne fait pas tout, et que s'ils veulent suivre, il faut se charger… Ainsi, Bernhard Kohl, troisième du général et meilleur grimpeur du Tour de France 2008, a avoué se doper depuis l'âge de 19 ans.

Inacceptable que l'argent public soutienne le Tour

Le Tour de France est un dangereux mensonge, une gigantesque machine publicitaire qui fait passer le business avant l'humain. Est-il tolérable que de l'argent public soit investi dans cette épreuve ? Je ne crois pas, et je suis gêné par le fait que mes impôts servent à financer le Tour. Je crois qu'il n'est pas acceptable que la télévision publique le diffuse (sur ce point, l'attitude allemande est exemplaire), que notre gendarmerie lui offre ses services, que ma ville l'accueille à bras ouverts, que nos routes soient provisoirement privatisées et réservées à des wagons de véhicules publicitaires.

Les médias les plus puissants sont trop souvent abrutis par les lobbies financiers. Les télés du monde entier consacrent des millions de minutes au Tour de France, et quasiment pas une seconde à des vélorutions qui peuvent rassembler jusqu’à 40000 personnes à vélo.

Ne croyez pas que je n'aime pas le sport cycliste. Au contraire, j'en suis amoureux, et je le défends. Il n'y a pas un jour sans que j'enfourche mon vélo. Pour moi, le vélo, c'est un moyen d'évasion, de vivre en harmonie avec la nature, de partager des moments d'amitié; et je trouve vraiment triste que la société, par le biais des médias, ait tendance à réduire le cyclisme à cette tambouille sans saveur alliant compétition, pots d'échappements, gros billets, robotisation de l'humain, dopage et mensonges...

 

 

Matthieu Stelvio; article également publié sur Rue89: http://www.rue89.com/2011/07/14/le-tour-de-france-je-boycotte-213986

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Published by Matthieu Stelvio - dans Boucan
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commentaires

GEORGES 21/10/2013 18:08

oui il faut boycotter le Tour de France, cela coute très cher aux communes, communautés de communes, agglomérations, conseils généraux, conseil régionaux et à l'état (police, gendarmerie, croix
rouge, etc ....) plus un dégât carbone/C02 énorme avec tous les véhicules et maintenant encore plus d'énormes déplacements avions !
Il faudrait organiser pétition vers la Présidence et Ministre de l'écologie.
Cordialement.
Georges

marie 27/06/2013 08:00

honte a ces journalistes qui nous presentent leur fils . leur amour du velo... alors qu ils ont couvert le dopage durant 25 annees . heureux q uil y a internet pour se souvenir des annees 89.