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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 16:41

Note du 3 juin 2013 : avec le recul, j'ai quelques réserves sur ce texte.

 

Les puissants s'autoproclament possesseurs des territoires et des ressources encore inexploités et détruisent progressivement les richesses des gens modestes, de ceux qui ne possèdent rien et qui vivent avec de moins en moins. Les eaux noircissent, l'air est sale et les sols deviennent infertiles. On enferme les pauvres dans les poubelles du capitalisme; et lorsqu'ils s'échappent, on les attrape et on les renvoie dans nos décharges. Un tiers de l'humanité vit dans des bidonvilles.

Le midi, j'en ai marre de n'avoir pour seul lieu de pique-nique qu'un petit bout d'herbe coincé entre une autoroute et une rivière charriant des détritus. Je voudrais entendre des oiseaux plutôt que des voitures, m'allonger entre des fleurs plutôt qu'entre des packs de bières, respirer le printemps plutôt que des relents de pots d'échappements!

Pourquoi devrais-je me taire? Pourquoi mes revendications seraient-elles illégitimes? Pourquoi aurais-je toujours tort et le système toujours raison?

Face à certaines injustices, la paix est impuissante; et il serait dangereux de croire que tout conflit est immoral. Il ne faut jamais se résigner à exprimer une révolte.

L'Histoire nous a déjà prouvé à maintes reprises que la légitimité d'un principe ne réside ni dans son ancienneté ni dans son apparente admission par une opinion collective. Il est du devoir de chacun d'exercer son esprit critique et de ne pas se laisser abrutir par la propagande capitaliste contemporaine.

Dans un monde où l'impératif économique prend progressivement le dessus sur l'impératif moral, le pouvoir politique du citoyen est menacé, nos choix de société se réduisent et nos libertés les plus précieuses s'estompent. Il n'est même plus possible de respirer un air pur!

La société ne tolère pas que l'on remette en cause certains principes auxquels sont attachés des acquis; et ce, même si ces acquis sont illégitimes. La parole des hommes de pouvoir n'est pas guidée par la justice, mais par l'intérêt commercial; et au nom d'un pragmatisme myope, aucune formation politique n'osera discuter de la légitimité du droit à la propriété privée ou encore du droit que s'octroie une génération d'êtres humains de s'approprier et d'exploiter l'ensemble des ressources terrestres.

La très grande majorité des espèces vivantes habitent modestement la Terre sans se l'approprier. Les arbres naissent, se nourrissent d'eau et de soleil, puis meurent sans rien demander d'autre. Nous pourrions vivre de cueillettes et de soleil, mais manquant de sagesse, il nous faut le reste, tout le reste et toujours plus.

La Terre est une petite chose rare et fragile que nous avons le devoir d'entretenir; un bien commun, universel et indivisible; en elle réside l’avenir de la vie ; et se l’approprier est un délit. La propriété est un délit.

D'où le propriétaire tire-t-il sa légitimité? Est-il juste que certains hommes possèdent des milliers d'hectares, que d'autres possèdent cinquante mètres carrés et que d'autres n'aient nulle part où planter leur tente? Au nom de quoi a-t-on le droit d'interdire à un être humain de franchir une barrière, une frontière, une ligne tracée arbitrairement par un homme ou un groupe d'hommes? Au nom de quoi est-ce qu'un gisement de pétrole, une forêt ou une carrière de roches serait la propriété d'une firme multinationale plutôt que celle de l'ensemble des citoyens du monde?

D'autres modèles de société ont existé, d'autres modèles de société sont possibles, mais les lois les plus justes sont bien faibles face aux lois des plus forts. C'est l'arme à feu, et non pas la vertu, qui a permis aux occidentaux de coloniser le monde; et il serait illusoire de croire que les lois encadrant nos sociétés sont toutes légitimes. Ce qui est légal n'est pas systématiquement juste!

Les océans seront bientôt peuplés de bouteilles en plastique plutôt que de poissons. Les téléphones portables favorisent les cancers. L'exploitation déraisonnée de l'eau douce menace des milliards de vies. Les combustions du pétrole, du charbon et du gaz dérèglent le climat et érodent dangereusement la biodiversité. L'extraction du gaz de schiste pollue les nappes phréatiques. Au rythme, d'un accident nucléaire majeur tous les vingt ans, l'avenir de l'humanité semble sérieusement compromis. Et pourtant, rien d'illégal dans tout ça!

Face aux nuisances environnementales et sociales, aussi graves soient-elles, la propagande capitaliste répond qu'il n'y a aucune alternative, que vivre différemment serait irréaliste, qu'il n'y a pas de bonheur en dehors de la consommation frénétique des nouveautés technologiques. Accorder du crédit à un tel discours, c'est oublier qu'il y a cinq ans, personne n'extrayait de gaz de schiste; qu'il y a vingt ans, les téléphones portables n'existaient pas; qu'il y a soixante ans, aucune centrale nucléaire n'était construite; qu'il y a cent cinquante ans, on ne soupçonnait même pas que le pétrole puisse être utile; qu'il y a deux mille cinq cent ans, Diogène était heureux dans son tonneau et qu'aujourd'hui encore, la possession de quatre objets - un vêtement, un bol, un rasoir et une aiguille - suffit à la sérénité des moines bouddhistes.

Les écologistes ne sont pas des utopistes marginaux, mais des réalistes marginalisés; marginalisés par un système qui refuse de les écouter avec raison. Certes, l'expression est relativement libre en France, mais sa diffusion est contrôlée; et parler est inutile s'il n'est pas possible d'être entendu. Actuellement, pour les médias, ce qui fait la pertinence d'une parole, ce n'est pas la richesse de l'idée qu'elle véhicule, mais l'argent qu'il y a derrière. Chaque jour, on offre des millions d'oreilles aux marchands de lessives tout en ignorant les cris de révolte de milliards de pauvres. Arrosés par les billets des tunnels publicitaires, les JT prêchent la bonne parole.

Triste illustration: le 12 avril dernier, la messe du service public nous martelait que les voitures électriques sont propres et écologiques; ce même jour, dans l’indifférence médiatique la plus totale, un responsable de la Tepco déclarait: « les rejets de radioactivité [à Fukushima] ne sont pas complètement stoppés, et nous craignons que la quantité de radioactivité rejetée par la centrale puisse au final excéder celle rejetée par la catastrophe de Tchernobyl en 1986 » (1). Peu importe: faisons confiance au JT: les voitures électriques sont écologiques! Après tout, ce qui compte, ce n'est pas de dire la vérité, c'est de servir les intérêts de ceux qui financent la publicité! La vérité aussi peu rentable soit-elle, c'est qu’une voiture électrique pollue à peu près autant, voire même plus qu'une voiture à essence! 68% de l'électricité mondiale est produite par la combustion du charbon, du gaz et du pétrole (2); et dans ce cas, se servir de l'électricité plutôt que d'utiliser directement de l'essence revient à rejeter plus de dioxyde de carbone dans l'atmosphère par kilomètre parcouru! 15% de l’électricité est produite par le nucléaire (2), l'énergie la moins sûre – en France, aucun assureur n’accepte de prendre en charge ne serait-ce qu’un de nos 58 réacteurs - et la plus sale du monde, si sale qu’elle peut rayer en une seconde des territoires entiers et qu’elle a déjà transformé de vastes espaces sauvages en décharges radioactives. Par ailleurs, pour faire fonctionner une voiture électrique, il faut une batterie au lithium pesant environ 18 kgs et l'extraction de telles quantités de lithium aurait des conséquences désastreuses pour l'environnement, et plus particulièrement dans les pays en voie de développement! Sans oublier que les réserves terrestres de lithium sont très faibles, et qu'au grand maximum, d'ici 2030, 2% des voitures seront électriques. La voiture propre est une invention marketing destinée à verdir l'image de l'industrie automobile. Ne comptez pas sur les JT pour vous dévoiler ces vérités!

Guidés par le capitalisme, nous avons fuit le cosmos pour nous enfermer dans le béton des villes; et la nature n’est plus une fin en soi, mais uniquement le moyen d’assouvir nos avidités maladives.

Les capitalistes sont de "doux" rêveurs se nourrissant de dangereuses illusions. Ils croient que les richesses de la Terre abondent et abonderont toujours, qu’ils peuvent se les approprier et les exploiter à volonté. Aujourd’hui, leur utopie se confronte à la réalité, à la finitude du monde et pour que leur rêve perdure, ils sont contraints de se salir les mains, de saccager la nature et l’humanité qui va avec. Libre à nous de résister!

 

Texte de Matthieu Stelvio.

 

Source: (1) http://groupes.sortirdunucleaire.org/Catastrophe-nucleaire-majeure-au ; (2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Production_d%27%C3%A9lectricit%C3%A9 

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Published by Matthieu Stelvio - dans Révoltes et iniquités
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