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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 21:54

 A propos de la pétition Non au passage du Tour de France 2013 au Col de Sarenne.


1 février 2013, lettre ouverte au Directeur du Tour de France.

 

Monsieur,

 

Vous avez l’intention de faire passer le 18 juillet prochain les coureurs du Tour de France sur la route pastorale du Col de Sarenne. Nous sommes nombreux à nous inquiéter de la disproportion de l’impact environnemental que pourraient avoir les travaux afférents à l’événement et l’étape en elle-même. La pétition Non au passage du Tour de France au Col de Sarenne a ainsi récolté plus de 4000 signatures.

Très peu fréquentée (sur 16 kms, on ne compte que deux traces de civilisation : un refuge et une bergerie), la route reliant l’Alpe d’Huez à Clavans traverse un espace sauvage d’une grande richesse. Les paysages sont somptueux, la flore est luxuriante, la faune est opulente. Outre les chamois, niverolles, aigles royaux et marmottes, certaines espèces très fragiles, menacées d’extinction, sont présentes sur le site : des tétras lyre et des lagopèdes.

Au Col, on ne dénombre guère plus d’une voiture toutes les dix minutes en période de pointe : autant dire que nous avons affaire à une belle terre de quiétude ! D’ailleurs, compte tenu du caractère singulier de cette route pastorale, un arrêté municipal datant de 1989 y limite la vitesse à 20 kilomètres/h. 20 kms/h !? Le Tour serait-il une fois de plus au-dessus des lois ? Notez que la route est si sauvage qu’elle se confond même, par endroits, avec le célèbre GR54. Le peloton a-t-il sa place sur les chemins de randonnée du Tour des Ecrins ?

Spécifiquement pour cette étape, des travaux vont être engagés. Tenant compte de l’étroitesse de la chaussée, de son état, des éboulements récurrents, de la sinuosité et de la déclivité de la descente, nous pouvons aisément imaginer que si vous tenez à ne pas envoyer trop de coureurs à l’hôpital, l'ampleur des travaux (purge, goudronnage, aménagement des virages) sera importante. Ce n’est pas un hasard si, à ce jour, le Tour de France est passé 27 fois à l’Alpe d’Huez et zéro fois à Sarenne.

Certains penseront peut-être : un peu de goudron en plus, un peu de goudron en moins, quelle importance ? Leur tort serait de faire abstraction du contexte : interposé entre les stations de l’Alpe d’Huez et des Deux Alpes, l’étau se resserre autour de l’Oisans sauvage ; et vous comprendrez certainement, Monsieur Prudhomme, que nous sommes nombreux à être attachés à une beauté qui, décennie après décennie, se réduit comme nos glaciers ! C’est pourquoi nous souhaitons que la tranquillité du Col de Sarenne soit respectée. Non, vraiment, nous avons beaucoup de mal à accepter que des travaux soient engagés dans le secteur pour une simple journée de vélo. (C’est à Sarenne que j’ai vu pour la première fois des chamois, ne les faites pas fuir !)

Nous ne sommes pas dupes, et restons persuadés que ces premiers « aménagements » de la route pastorale pourraient être les prémices d’une dénaturation beaucoup plus importante du site ; en témoigne ce propos du maire de l’Alpe d’Huez : « [ce premier passage du Tour de France] offre beaucoup de possibilités pour le futur ». Qu’entend-il au juste ? Démentirait-il que, par le passé, certains entrepreneurs ont clairement manifesté leur désir de relier la station de l’Alpe d’Huez à Clavans ? 

Vous nous rétorquerez sans doute que pour faire passer le Tour de France par Sarenne, vous avez obtenu l’autorisation des maires concernés ; mais n’oubliez pas que si l’Oisans appartient à ceux qui y vivent, il appartient également à tous. Sa richesse fait parti du patrimoine commun de ceux qui ont aimé la montagne, de ceux qui l’aiment et de ceux qui la découvriront ; en somme : de nous tous !

En 2011 déjà, l’arrivée au Cap Fréhel, au beau milieu de « landes uniques en Europe », n’a-t-elle pas été qualifiée « d’hérésie » par un professeur d’Université spécialisé en environnement ? Répondez-nous ! L’an dernier, pour subvenir aux besoins de votre entreprise, le sommet de la Planche des Belles Filles n’a-t-il pas été rasé et bétonné ? Répondez-nous ! A Sarenne, la foule, les véhicules, les travaux, les hélicos auraient-ils un impact positif sur l’environnement ? Répondez-nous ! Pour une simple journée de course, tout ce remue-ménage dans ce vaste espace sauvage est-il raisonnable ? Répondez-nous ! De tels comportements ne sont-ils pas à l’origine de la catastrophique accélération de l’érosion de la biodiversité, de la crise écologique actuelle, de la crise sociale qui en découle ? Répondez-nous ! Imaginez que nous soyons sept milliards à agir de la sorte, à impacter durablement la nature pour 30 minutes de divertissement : que deviendrait notre planète ? Répondez-nous !

Nous sommes plus de 4000 à vous demander de respecter Sarenne, ce sublime sanctuaire sauvage ; et nous vous invitons à modifier le tracé de l’étape du 18 juillet en suivant un autre itinéraire qui pourrait être : Bourg d’Oisans – Huez – Villard Reculas – Allemont – Bourg d’Oisans – Alpe d’Huez. Ainsi, le profil de votre course ne serait que très peu affecté, et Sarenne demeurerait encore et toujours en paix !

« Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité. » disait Gandhi.

Ayez cette phrase en tête. Agissez en votre âme et conscience.


Matthieu Stelvio, initiateur de la pétition Non au passage du Tour de France 2013 au Col de Sarenne

 

 

 

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1er mars 2013, lettre ouverte au Préfet de l'Isère.


 

Monsieur Le Préfet,

Les organisateurs du Tour de France projettent de faire passer leur épreuve par le Col de Sarenne le 18 juillet prochain. Nous sommes nombreux à nous inquiéter de la disproportion de l’impact environnemental que pourraient avoir les travaux afférents à l’événement et l’étape en elle-même. La pétition Non au passage du Tour de France au Col de Sarenne a ainsi récolté plus de 6500 signatures. (1)

Reliant l’Alpe d’Huez à la commune de Clavans, la route pastorale menant à Sarenne passe par l’aire optimale d’adhésion du Parc National des Ecrins. (2) Son cadre est sauvage : sur 16 km, on ne compte que deux modestes bâtiments (un refuge et une bergerie). Les paysages sont somptueux (vues sur la Vallée du Ferrand, les Plateaux d’Emparis, les Glaciers de la Meije). Le GR54 (Tour des Ecrins) longe la route pastorale, et s’y confond même sur plusieurs kilomètres.

Fermée 8 mois sur 12, cette route est très peu fréquentée : en période de pointe, on n’y dénombre guère plus d’une voiture toutes les dix minutes. Compte tenu du caractère exceptionnel du site, il est à noter qu’un arrêté municipal y limite la vitesse à 20 km/h. (3)

Intégralement située dans la Zone Naturelle d’Intérêt Ecologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) du Massif des Grandes Rousses (4), la route de Sarenne traverse la zone d’étude (5, p°205) du rapport « Natura 2000 Vallée du Ferrand – Plateau d’Emparis ». (5) Pour le Conservatoire Botanique National Alpin, la « diversité floristique exceptionnelle [de la zone] permet de [la] classer parmi les plus riches régions de France sur le plan botanique. » (5, p°159) Ainsi, « parmi les 758 espèces végétales observées sur le site, 28 figurent au Livre Rouge des espèces menacées dans la région Rhône-Alpes. » (5, p°165) Et 23 sont inscrites au Livre Rouge National. (5, p°164) De plus, « la diversité faunistique du site est remarquable. (…) L’excellent état de conservation de la plupart des habitats naturels ou semi-naturels, peu perturbés, ainsi que les vastes étendues permettent le maintien d’espèces animales rares à peu fréquentes et nécessitant des territoires importants. » (5, p°167) Ainsi, « 95 espèces sur les 146 Vertébrés recensées sont protégées au plan national ». (5, p°170)

A la fin du printemps, pour l’accueil du Tour de France (6)(6a), des travaux (goudronnage, aménagements des virages, purges) vont être engagés sur ce périmètre exceptionnel (6)(7) ; et ce, afin de permettre aux coureurs et aux véhicules suiveurs de descendre à toute vitesse. Compte tenu de l’étroitesse de la chaussée, de son état, des éboulements récurrents, de la sinuosité de la descente et de la raideur de la pente, l'ampleur des travaux sera importante. (5)(6)(7)(8)(9) Dans un environnement fragile, la réfection d’une route n’est pas anodine. (10)

Par ailleurs, la montée du peloton au Col de Sarenne nous inquiète. En effet, les derniers kilomètres d’ascension bordent une zone humide qui fait l’objet d’un arrêté préfectoral de protection de biotope. (11)(12) Ce dernier atteste « qu’il y a lieu de réglementer les activités sur [le] périmètre de [la zone] afin d’assurer la préservation et la tranquillité de certains biotopes nécessaires à l’alimentation, la reproduction, au repos et à la survie de plusieurs espèces animales protégées ». (11) En ce lieu, les organisateurs du Tour de France attendent une foule importante (6) qui, inévitablement, piétinera et altérera la zone protégée (située à 7 mètres de la chaussée). (11 ; cf. article 7.3)(12) Dans ce même secteur, la route traverse deux ZNIEFF de type 1 (13) qui abritent, entre autres, des aigles royaux (espèce protégée au niveau national) et des tétras lyre (qui font l’objet d’un plan d’actions de conservation soutenu par la Région Rhône Alpes et l’Etat -14-). Habitués à la plus grande quiétude, tous ces animaux de montagne ont une vie rude, et un stress prolongé peut lourdement impacter leur survie. Nous pensons, par exemple, aux petits tétras lyre qui naissent fin juin. (15)

En résumé, en empruntant la route pastorale, le Tour de France aura des conséquences inquiétantes sur les biotopes des pentes de Sarenne et de la vallée du Ferrand (travaux, pollution, foule sur plusieurs jours...), et impactera le périmètre d’une zone humide protégée.

En outre, le maire de l’Alpe d’Huez a déclaré que ce premier passage du Tour de France à Sarenne, rendu possible par des travaux allant dans le sens des investisseurs (16)(17)(18)(19)(20), "offre beaucoup de possibilités pour le futur". (21) Interposé entre les stations de l’Alpe d’Huez et des Deux Alpes, l’étau se resserre autour de l’Oisans sauvage ; et vous comprendrez certainement, Monsieur Le Préfet, que nous sommes nombreux à être attachés à une beauté qui, décennie après décennie, se réduit comme nos glaciers ! Accepter une atteinte, c’est ouvrir la porte à d’autres atteintes ; et nous voulons préserver Sarenne, lieu de quiétude, de toute pression économique. Nous avons beaucoup de mal à accepter qu’un site naturel exceptionnel (jusqu’ici préservé) soit durablement impacté pour quelques minutes de spectacle télévisuel.

Nous avons cherché à ouvrir le dialogue avec les organisateurs du Tour de France, mais notre lettre ouverte demeure sans réponse. (22) Nous leur avons pourtant proposé un itinéraire alternatif (Bourg d’Oisans – Huez – Villard Reculas – Allemont – Bourg d’Oisans – Alpe d’Huez) qui ne compromettrait pas l’étape en question ; il existe encore d’autres solutions (la montée de l’Alpe d’Huez pourrait n’être grimpée qu’une seule fois).

Par conséquent, nous sommes plus de 6500 à vous demander de vous prononcer en défaveur du passage du Tour de France sur la route pastorale du Col de Sarenne. (1)

Je vous prie d’agréer, Monsieur Le Préfet, l’expression de ma très haute considération.

 

Matthieu Stelvio, porte-parole des signataires de la pétition Non au passage du Tour de France 2013 au Col de Sarenne

 


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17 avril 2013, lettre ouverte au Directeur du Tour de France.

 

 

Monsieur,

 

Nous sommes 10.000 à vous demander de ne pas faire passer le Tour de France au Col de Sarenne. Nous estimons que dans un milieu naturel aussi préservé, l’impact environnemental d’un tel événement n’est pas proportionné à un enjeu déconnecté de l’intérêt public.

Fermée huit mois sur douze, la route pastorale de Sarenne est singulière, la vitesse y est limitée à 20 km/h. Elle se confond avec le chemin de randonnée du Tour des Ecrins. En période de pointe, on y croise tout au plus une voiture toutes les dix minutes.

Jouxtant les trois derniers kilomètres d’ascension, le marais du Col de Sarenne est protégé par un arrêté préfectoral attestant que « le biotope d’une espèce résulte des interactions entre la faune, la flore et les caractéristiques physiques et chimiques du milieu, et qu’une perturbation ou une atteinte portée à l’un de ces éléments peut engendrer un déséquilibre préjudiciable » ; et « qu’il y a [donc] lieu de réglementer les activités sur le périmètre [de la zone humide] afin d’assurer la préservation et la tranquillité de certains biotopes nécessaires à la survie de plusieurs espèces animales protégées ». L’article 7 interdit même toute manifestation sportive sur un périmètre qui sera inévitablement piétiné par la foule du Tour de France !


Au-delà de cet arrêté, la route pastorale de Sarenne traverse la vallée du Ferrand dont la « diversité floristique exceptionnelle [en fait, selon le Conservatoire Botanique National Alpin, l’une] des plus riches régions de France sur le plan botanique » : 758 espèces végétales y sont recensées ! Dans ce vaste espace, on ne dénombre pas moins de 100 espèces animales protégées dont de majestueux rapaces : des aigles royaux, des circaètes Jean-le-Blanc, des gypaètes barbus, des milans royaux, des autours des palombes, des éperviers d’Europe, des busards cendrés… Sur ces pentes vivent également de rares et chétifs coqs sauvages : des lagopèdes, des tétras lyre (dont les petits naîtront une semaine avant le Tour de France). Parmi tous ces animaux, certains sont en danger d’extinction sur la liste rouge européenne, notamment le bruant ortolan, un joli petit passereau ou encore l’azuré du serpolet, un sublime papillon ! En ces lieux s’épanouissent des mésanges bleues, des mésanges noires, des mésanges huppées, des mésanges charbonnières, des mésanges nonnettes, des mésanges à longue queue, des mésanges boréales… des apollons, des sizerins flammés, des chevaliers guignettes, des hirondelles des roches, des niverolles des neiges … et des dizaines d’autres espèces protégées ! Le Conservatoire Botanique National Alpin estime que « la faune de la vallée du Ferrand est remarquable », et que « l’excellent état de conservation de la plupart des habitats naturels, peu perturbés, permet le maintien d’espèces animales rares ».

Habitués à la plus grande quiétude, tous ces animaux de montagne ont une vie rude, et un stress prolongé peut lourdement impacter leur survie. La perturbation de cet équilibre délicat ne peut se justifier que par un intérêt public majeur, et non par un événement sportif éphémère. Or, c’est pour optimiser le confort des coureurs et des centaines de véhicules qui les accompagnent que des travaux vont être entrepris sur la route pastorale de Sarenne ; et ce, à votre demande, et non à celle de la population locale.

Au-delà des arrêtés préfectoraux, des espaces Natura 2000, des Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique, Floristique et Faunistique, nous défendons une beauté fragile et indicible. Au Col de Sarenne, il n’est pas rare de voir un randonneur s’asseoir et rester un long moment à contempler le paysage, à savourer le silence, à rêvasser face aux Plateaux d’Emparis et aux Glaciers de la Meije.

Essayez de comprendre ce qui nous rattache au lieu que vous voulez utiliser pour votre course. Sarenne, c’est un autre monde, celui de la montagne préservée : notre sentiment, c’est qu’il ne faut pas y toucher ; en tous les cas, pas pour une journée (aussi belle soit-elle) de Tour de France. Ne soyons pas naïfs : si vous commencez à y toucher, d’autres s’en donneront le droit !

Nous ne voulons pas bloquer votre épreuve, nous souhaitons simplement qu’une fois à Huez, le peloton tourne vers Villard Reculas plutôt que vers Sarenne. Au fond, ça n’affecterait que très peu la morphologie de l’étape ; par Villard Reculas, le risque de chute serait même considérablement réduit !

Opter pour Villard Reculas plutôt que pour Sarenne, ce serait changer 10.000 colères en 10.000 sourires !

Donner le sourire, ne serait-ce pas la vocation première du Tour de France ?

Respectueusement,

Matthieu Stelvio

 

 

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7 mai 2013, lettre ouverte à la Préfecture de l'Isère.

 

 

Mesdames, Messieurs,


   Le 1er mars 2013, les signataires de la pétition « Non au passage du Tour de France 2013 au Col de Sarenne » ont envoyé une lettre ouverte au Préfet de l’Isère. (1) Le 5 mai, nous accusons réception d’un courrier de la Préfecture nous apportant des éléments de réponse.

   La Préfecture de l’Isère déclare « qu’afin de fermer l’accès à la route du Col de Sarenne à tout véhicule motorisé, des poses de barrières seront réalisées plusieurs jours avant le passage de l’épreuve. » Bien que d’un certain point de vue, il puisse s’agir d’une privatisation (temporaire) du domaine public, cette mesure est positive mais nous semble insuffisante : le peloton du Tour de France est accompagné par 2200 véhicules (2) ; une grande partie d’entre eux franchira le Col de Sarenne à une allure bien supérieure aux 20 km/h autorisés. (1)

   Jouxtant les trois derniers kilomètres d’ascension, le marais de Sarenne est protégé par un arrêté préfectoral attestant « qu’il y a lieu de réglementer les activités sur le périmètre [de la zone humide] afin d’assurer la préservation et la tranquillité de certains biotopes nécessaires à la survie de plusieurs espèces animales protégées ». (3) L’étape faisant l’objet d’une promotion exceptionnelle, des responsables locaux ont annoncé attendre 2 millions de spectateurs entre Bourg d’Oisans et le Col de Sarenne ; la zone humide de Sarenne sera piétinée par cette foule qui laissera son empreinte. Ainsi, au Mont Ventoux en 2009, suite à une étape, ce sont plus de 20 tonnes de déchets qui ont été récoltées. (2) N’oublions pas les peintures étalées sur le bitume qui finissent par se répandre dans la végétation alentour. (4)

   Le 8 avril dernier, nous demandions à la Préfecture s'il était possible de n'autoriser les travaux qu'après dépôt, réception et analyse de l’étude d’incidences sur les sites Natura 2000. Nous apprenons que les organisateurs du Tour de France ont fourni ce dossier (mais a priori sans y joindre d’étude d’impact sur la zone humide protégée qui est située, rappelons-le, en dehors de la zone d’étude Natura 2000). Le dossier a été reçu, mais il n’a pas été, à notre connaissance, analysé et validé. Pour autant, nous apprenons que le début des travaux est fixé au 13 mai.

   Concernant la mise en chantier de cette route, la Préfecture nous informe « qu’il ne s’agit en aucun cas de travaux spécifiques engagés à l’occasion du passage du Tour de France mais de travaux nécessaires et planifiés sur l’intégralité (…) de la route (…) afin d’accueillir en toute sécurité les cyclistes ». Nous prenons note, mais faisons cependant remarquer que le maire de l’Alpe d’Huez a déclaré à propos des organisateurs du Tour de France : « Ils m'ont demandé si on était capable dans l'Oisans de refaire cette route dans la vallée du Ferrand et de permettre le passage du Tour de France en 2013 ». (5) Une telle déclaration nous conduit à établir un lien entre le chantier et l’épreuve sportive. Par ailleurs, dans la conférence de presse donnée par le maire de l’Alpe d’Huez le 26 octobre 2012, les travaux mentionnés sont corrélés au passage du Tour de France. (6)

   Le fait que les travaux soient « planifiés » (depuis 2011 ?) n’empêche pas que s’ils soient motivés par le Tour de France ; car si le passage de l’épreuve au Col de Sarenne a été rendu public en octobre 2012 (6), l’administration locale prépare ce passage dans la confidentialité depuis juin 2010 (7)(5) (soit, sauf erreur de notre part, trois mois après que la gestion de la route de Sarenne passe de la compétence du département à celle de la Communauté de Communes de l’Oisans). (8) La presse (Le Dauphiné Libéré, France 3) fait le lien entre les 500 000 euros de travaux et le Tour de France. (5)(9) Par ailleurs, avant même que les médias n’en parlent, la population locale mettait en relation le chantier et l’épreuve sportive : « Il devrait y avoir des travaux prochainement pour améliorer toute la route en vue de faire passer une course de vélo importante l’année prochaine. » (Philippe B., 10 juillet 2012) (10)

   Nous pensons donc que l’impact des travaux sur la faune et la flore doit être pris en compte dans l’étude d’incidences déposée par les organisateurs de l’épreuve ; et qu’il serait légitime que ce dossier soit analysé et validé avant que les travaux commencent.

   Concernant le coût des travaux estimé à 500 000 euros sur 14 km, nous signalons, pour comparaison, que la création (si souhaitée par les cyclistes) de 11 km d’une large voie bitumée sur les berges de l’Isère a coûté 450 000 euros en 2007. (11) D’autres aménagements nous semblent prioritaires : ainsi, 605 signataires demandent une liaison cyclable entre Seyssins et Claix. (20) Si les cyclistes sont censés être les principaux bénéficiaires des travaux engagés à Sarenne, remarquons toutefois que de très nombreux cyclistes sont opposés à ce chantier, et ont signé la pétition (qui a, elle-même, été lancée par un cycliste) comme en témoignent, parmi d’autres, ces propos lus sur des forums spécialisés : « Nous, cyclistes, risquons avec le bitumage de perdre un peu ce qui fait la spécificité de ce col : tranquille, un peu sauvage, presque sans circulation. » « Il y a bien assez de routes dans nos Alpes qui permettent de faire de la nouveauté sans en rajouter. » « Ce qui fait le charme de la route de Sarenne, c’est son côté aventure, ambiance à l’ancienne. Sarenne, c’est le retour aux années 50 : on se sent propulsé hors du temps dans une nature infinie… Pour le coup, on se mettrait bien un boyau sur le dos ! Des routes comme ça, ’y en a pas deux ! » « [Mon col préféré ?] Le Col de Sarenne pour sa sauvagerie et ses chamois qui courent à coté de toi... et sa descente sur le lac de Chambon et la vue sur la Meije : la reine du Dauphiné. » (12)(13)(14)(15)(…)

  Quelle que soit l’ampleur des travaux, compte tenu du niveau de prise de risque des compétiteurs professionnels (qui n’hésitent pas à dépasser les 100 km/h), la descente du Col de Sarenne est mortellement dangereuse. D’ailleurs, l’an dernier, le chronomètre de la cyclosportive La Haute Route a été neutralisé pour cette raison. (15) Pour descendre « en toute sécurité », nous ne connaissons qu’un seul moyen : la prudence et le respect de la limitation de vitesse (20km/h).

   Notons que la route pastorale de Sarenne se confond avec le chemin de randonnée du Tour des Ecrins, et que les travaux (qui induiront une augmentation du trafic automobile touristique) n’enthousiasment pas les randonneurs.

   Le directeur de l’Office du Tourisme a déclaré vouloir exploiter le Tour de France et les travaux engagés à Sarenne pour faire de l’Alpe d’Huez « la capitale mondiale du vélo ». (6) Nous ne sommes pas d’accord avec cette perspective ! L’étau se resserre trop autour de l’Oisans sauvage qui est déjà suffisamment exploité par les stations de ski ! Nous en avons assez de voir nos montagnes recouvertes de voitures et de remontées mécaniques ! Nous voulons préserver et transmettre ces grands et beaux espaces où règnent toute la beauté et toute la quiétude de la nature ; ces grands et beaux espaces qui donnent tant de vigueur à notre département !

   Commencer des travaux le 13 mai, sans attendre la fonte des neiges, est préjudiciable pour la faune qui est encore si fragile après le rude hiver que nous venons de traverser. A peine sorties de leur terrier, les marmottes y sont renvoyées (espèce dont le taux de survie, cette année, sera sans doute voisin de 50%) !

   Nous insistons sur le contraste entre l’affluence de la foule du Tour de France et le caractère exceptionnel du site qui, d’après le Conservatoire Botanique National Alpin, compte 758 espèces végétales et 100 espèces animales protégées ; parmi lesquelles on notera le tétras lyre, l’aigle royal, le lagopède, le circaète Jean-le-Blanc, le milan royal, l’apollon, l’azuré du serpolet (en danger d’extinction), le bruant ortolan (en danger d’extinction)… (16)

   La perturbation de cet équilibre délicat ne peut se justifier que par un intérêt public majeur, et non par un événement sportif éphémère. Or, nous pensons que c’est pour optimiser le confort des coureurs et des centaines de véhicules qui les accompagnent que des travaux vont être entrepris sur la route pastorale de Sarenne ; et ce, à la demande des organisateurs du Tour de France, et non à celle de la population locale (cf. « Ils m’ont demandé »). (5) A l’échelle de la planète, ces deux derniers siècles, la vitesse d’érosion de la biodiversité a été multipliée par un facteur compris entre 100 et 1000 ; et cette affaire nous semble symptomatique de la crise écologique actuelle.

   Un itinéraire alternatif (par Villard Reculas) existe. Son utilisation ne nécessiterait pas (ou peu) de travaux, aurait un impact environnemental tout à fait raisonnable ; et offrirait aux coureurs une descente nettement mieux sécurisée.

   Nous avons envoyé deux lettres ouvertes aux organisateurs du Tour de France. (17)(18) Nous n’avons obtenu aucune réponse, et regrettons leur refus d’ouvrir le dialogue.

   Voici donc, en résumé, notre point de vue sur le passage du Tour de France 2013 au Col de Sarenne. Par ailleurs, nous souhaiterions vous remettre prochainement la liste des 10 530 signataires de notre pétition. (19) Nous restons à votre disposition.

   Je vous prie d’agréer, Mesdames, Messieurs, représentants de l’Etat, l’expression de ma très haute considération.


Matthieu Stelvio, porte-parole de la pétition « Non au passage du Tour de France 2013 au Col de Sarenne »

 

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 14:57

 

Le 18 juillet, le Tour de France doit passer sur la route pastorale du Col de Sarenne (qui est située en amont de l’Alpe d’Huez). Nous sommes 11 000 à nous y opposer.

2 millions de spectateurs sont attendus sur la montée de Bourg d’Oisans à Sarenne ! Fermée 8 mois sur 12, cette route est très peu fréquentée (une voiture toutes les 10 minutes), et a un caractère très singulier. Elle traverse un site d’une richesse environnementale exceptionnelle. On n’y dénombre 758 espèces végétales et 100 espèces animales protégées ; parmi lesquelles on notera le tétras lyre, l’aigle royal, le lagopède, le circaète Jean-le-Blanc, le milan royal, l’apollon, l’azuré du serpolet (en danger d’extinction), le bruant ortolan (en danger d’extinction)… Le Conservatoire Botanique National Alpin atteste que la Vallée du Ferrand est l’une des « plus riches régions de France sur le plan botanique » et que la faune y est « remarquable ».

Cet environnement est très fragile : les animaux de montagne ont une vie rude, et un stress prolongé peut lourdement impacter leur survie. La foule du Tour de France et les travaux perturberont ce vaste écosystème. Il est inacceptable que de tels dommages soient justifiés par un événement sportif éphémère, et non par un intérêt public majeur!

Pour le passage du Tour de France, 500 000 euros de travaux ont été et sont encore engagés sur la route pastorale de Sarenne. Ces travaux d’intérêt privé sont maquillés par un intérêt public « bidon ». Nous avons la preuve que si la route est refaite, c’est à la demande des organisateurs du Tour de France, et non pas à celle de la population locale. L’objectif de ces travaux est d’offrir du confort aux véhicules du Tour, et de permettre aux coureurs de descendre à 100 km/h une route pastorale qui est limitée à 20 km/h !

Sur le plan légal, le passage du Tour de France à Sarenne peut être contesté. L’arrêté préfectoral de protection de biotope interdit toute manifestation dans le périmètre de la zone humide. Or, cette zone jouxte la chaussée et sera piétinée par la foule du Tour de France !

La route pastorale se confond avec l’emblématique chemin de randonnée du Tour des Ecrins. A l’instar de nombreux cyclistes, beaucoup de randonneurs voient d’un très mauvais œil ces travaux (qui induiront une augmentation du trafic automobile touristique). La mise en chantier de la route pourrait être le prélude d’investissements plus importants destinés à étendre le domaine skiable de l’Alpe d’Huez (en 2006, un projet a été posé sur la table ; réaménager des virages et des gués est une excellente opération pour les "bétonneurs" qui pourront ainsi, à l'avenir, plus facilement faire passer leurs engins de chantier, notamment pour ajouter des canons à neige, les faire fonctionner en été tout en racontant des bobards à la presse !). L’étau se resserre trop autour de l’Oisans sauvage qui est déjà suffisamment exploité par les stations de ski ! Nous en avons assez de voir nos montagnes recouvertes de voitures et de remontées mécaniques ! Nous voulons préserver et transmettre ces grands et beaux espaces où règnent toute la beauté et toute la quiétude de la nature ! Accepter une atteinte, c’est ouvrir la porte à d’autres atteintes ; il faut préserver Sarenne de toute pression économique ! Il n’est pas tolérable qu’un site naturel aussi exceptionnel soit durablement impacté pour quelques minutes de télé ! A l’échelle de la planète, ces deux derniers siècles, la vitesse d’érosion de la biodiversité a été multipliée par un facteur compris entre 100 et 1000 : où sont les freins ?

Visiblement, la parole de 10 500 personnes compte pour du beurre ; les organisateurs du Tour de France n’ont pas répondu à nos lettres ouvertes ! Ils ont refusé le dialogue alors que des solutions alternatives existent ! Que devons-nous faire pour être entendus ?


 

La pétition

http://www.avaaz.org/fr/petition/Non_au_passage_du_Tour_de_France_2013_au_Col_de_Sarenne/

Blog de la pétition : http://lebruitduvent.overblog.com/

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 13:00

Petit, je voulais être boulanger, puis facteur, puis berger. On m'a poussé à faire des études. On m'a expliqué que c'était le seul moyen de réussir ma vie, de gagner de l'argent, de m'épanouir dans un métier. J'ai enduré de longues heures, de longues années de cours. Je me suis ennuyé, ennuyé et encore ennuyé sur des dizaines, des centaines, des milliers de chaises.

Et maintenant que j'ai cinq années d'étude en poche, que je travaille - je suis ingénieur, je passe mes journées à concevoir des cuillères en plastique à moindre coût, pour environ 1700 euros par mois - je continue à m'ennuyer, et regrette profondément de n'avoir pas écouté le petit enfant qui voulait élever ses moutons en Ardèche.*

Et autour de moi, lorsque je tends l'oreille, voici ce qui tombe dedans :

  • « J'ai fait cinq ans d'étude, je passe mes journées à faire des additions. Tout ce que j'ai appris ne me sert finalement à rien. »
  • « J'aurais bien fait des études littéraires ou sociales, mais on m'a martelé qu'il n'y avait pas de débouchés. Je me suis fatigué à bosser des matières ennuyeuses pendant des années en espérant que j'aurais un travail solide au bout ; et maintenant que j'ai mon diplôme, j'enchaîne les CDD à temps partiel payés au smic... »
  • « J'en ai marre de tout donner, de partir tous les matins à 7 heures et de rentrer tous les soirs à 20 heures, et de continuer à galérer pour manger des casseroles de pâtes et pour me payer un 20 m2 tout miteux »…

Des agents économiquement productifs ou des ratés

Soumise aux pressions des marchés, l'école, de plus en plus délaissée par l'Etat, tend à aspirer les enfants dans une machine scolaire infernale, pour ensuite recracher vingt ans plus tard soit des agents économiquement productifs, soit des ratés.

Ainsi, tant qu'un élève aura de bonnes notes, on lui conseillera vivement de suivre la voie royale : seconde générale, première scientifique, option mathématiques, maths sup, etc.

On ne cherchera pas à savoir ce que l'élève veut faire de sa vie. De toute façon, lui-même n'en sait rien, car bien souvent ni l'école ni la vie de tous les jours ne lui donnent les moyens de savoir ce qu'est un métier, ou tout du moins un métier différent de celui de ses parents.

Pour maintenir l'ordre : l'angoisse

En série scientifique, plein de jeunes se battent pour devenir ingénieurs, car on leur dit que c'est le seul moyen d'avoir une situation stable et confortable, mais la grande majorité ne sait même pas expliquer ce qu'est au juste un ingénieur. C'est du formatage : la France veut des ingénieurs, car statistiquement, ils font plus grimper le produit intérieur brut que les agriculteurs ou que les poètes.

On abuse de l'indécision pour les pousser dans des voies qu'ils choisissent rarement en connaissance de cause et qui engagent toute leur vie.

Pour maintenir l'ordre, pour que les élèves filent sagement dans l'entonnoir, on utilise une arme redoutable : l'angoisse. Les télés, les radios, les politiques, les profs, les parents, toute la société dans son ensemble angoisse la jeunesse :

  • « La situation est grave, nous sommes en crise ». Il faut entrer dans la « guerre économique » ;
  • « Les plus faibles sombreront dans le chômage, et finiront à la rue » ;
  • « De toute façon, il n'y a plus d'argent dans les caisses ; et on ne va pas taxer les riches, les spéculateurs et les capitaux, car sinon tout partira à l'étranger… » ;
  • « Tremblez, enfants de la cinquième puissance mondiale : si vous ne voulez pas crever de faim, travaillez, étudiez vos mathématiques, devenez ingénieurs, faites-nous des plans d'avions de chasse et de centrales nucléaires. »

Premières victimes : les enfants des classes modestes

Ce sont généralement les enfants des familles les plus modestes qui sont le plus sensibles à ce stress, à ce chantage, car leur échec ne peut que très difficilement être financièrement amorti par la famille. Et encore moins par un Etat de moins en moins soucieux des questions d'équité sociale (car ne l'oublions pas : dans un monde où l'on donne des centaines de milliards aux banques, l'équité, ça coûte trop cher).

Pour ces enfants modestes, tout tâtonnement est proscrit, il faut foncer tête baissée dans l'entonnoir. Je n'oublierai jamais ces heures d'angoisse qui précédaient les contrôles de mathématiques – coefficient 9 –, de physique – coefficient 6 –, ces heures à faire et à refaire toujours les mêmes exercices, ces heures où ma place en classe préparatoire, où tout mon avenir se jouait. Ces heures et ces années où l'école abrutit plus qu'elle n'élève.

Le lycée est, pour certains, un véritable enfer dans lequel la moindre mauvaise note est susceptible de faire chuter lourdement une moyenne ; et une mauvaise moyenne dans une discipline clé peut, à son tour, considérablement réduire les chances d'un élève d'être pris en classe préparatoire, BTS, etc.

Avoir de bonnes notes ne suffit pas, il faut aussi être bien classé ; et la compétition commence dès le collège et s'intensifie avec les années d'études. Elle peut devenir terrible lorsqu'il s'agit des concours de médecine ou d'entrée aux grandes écoles. Bien souvent, la soif de la réussite prend le dessus sur le désir d'apprendre.

Matheux = génies, philosophes = inutiles

L'art, la philosophie et la poésie sont des disciplines pleines de sens qui peuvent orienter une vie. Le système scolaire les néglige de plus en plus. L'histoire et la géographie sont désormais en option en terminale S ; disciplines évidemment inutiles pour former, à titre d'exemple, nos futurs ingénieurs nucléaires.

Il me semble qu'assez tôt dans le cursus, les « matheux » sont assimilés à des génies, les économistes à des prophètes, les poètes à des cancres et les philosophes à des choses inutiles. Il serait vraiment triste qu'au lieu d'aider les élèves à donner du sens à leur vie, l'école se contente de les transformer en
machines à calculer.

A force de négliger les aspirations de la jeunesse, la société donne naissance à des générations en souffrance, à des adultes qui doutent de plus en plus du sens de leur travail, et il ne faut pas s'étonner qu'un jour ou l'autre, une génération se réveille subitement pour refuser un monde qu'elle n'a jamais eu l'occasion de choisir.

La force et l'énergie des révoltés, des indignés sont, pour moi et pour beaucoup, une grande espérance.

Matthieu Stelvio (version Rue89 ; 394 000 visites à la date du 3 juin 2013)

 

http://www.rue89.com/2011/10/15/petit-je-voulais-etre-boulanger-mais-jetais-bon-en-maths-225582 

Première version du texte : http://lenvol.over-blog.org/article-le-syndrome-du-jeune-qui-refuse-le-systeme-84330219.html

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 14:58

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La route pastorale menant au Col de Sarenne est belle et sauvage. Le GR54 (Tour des Ecrins) la longe, s’y confond. Pour le randonneur ou le cyclotouriste, c’est un de ces beaux et rares espaces où l’on peut respirer de l’air pur. La faune et la flore qui l'entourent abondent.

Le Tour de France 2013, sa foule et sa cohorte de véhicules publicitaires devraient emprunter cette route, ce qui aurait des conséquences inquiétantes sur la faune et la flore (travaux, pollution, foule sur plusieurs jours...).

En effet, pendant l'été, de la même façon que beaucoup d’animaux, les marmottes constituent leurs réserves « métaboliques » pour passer l'hiver; et en cas de stress prolongé, elles ne sortent plus de leur terrier et se nourrissent beaucoup moins; ce qui peut mettre en péril leur survie lors de la prochaine hibernation. Selon les hivers, dans les Alpes françaises, le taux de survie annuel des marmottes peut descendre à 52%, voire moins. (1) Sans même compter la pertubation liée aux travaux, une semaine de stress intense pourrait coûter la vie à bon nombre de ces marmottes farouches qui n’ont pas l’habitude de côtoyer des routes aussi fréquentées que celle du Galibier ou du Tourmalet.

Au-delà des marmottes, ce stress affaiblirait toutes les espèces animales de montagne pour qui la vie est rude: le Chamois, l’Hermine, la Niverolle des neiges, le Lagopède alpin (« gallinacé menacé d’origine arctique, véritable relique de l’époque glaciaire »), le Tétras lyre (« espèce remarquable et fragile, emblématique des Alpes »). (2)

En outre, si le Tour passe à Sarenne, la route pastorale serait recouverte de peintures toxiques, et au-delà des abords du bitume, une grande quantité de déchets serait inévitablement déversée dans ce paradis sauvage (composé de nombreuses plantes rares et fragiles*) qui deviendrait pour quelques jours un immense stade.

D'après quelques sources (habitants de Clavans et de l'Alpe d'Huez), pour ce passage du Tour de France, la route serait "regoudronnée" (ajout d'une "bicouche"); et, en conséquence, il y aurait sur le site plusieurs semaines de travaux, et à long terme, la fréquentation automobile de Sarenne augmenterait. Par ailleurs, refaire une route n'est pas sans conséquence sur l'environnement. Ainsi lors de la fabrication d'une route, "une partie des polluants passe dans l'air (benzène, micro-particules...) et retombe (en grande partie à 25-30m du bord de la route) et s'infiltre en partie dans le sol (métaux lourds) ou ruisselle avec l'eau pluviale". (7)

Peut-être que certains trouveront notre protestation insignifiante. Mais nous ferons remarquer qu’il est souvent plus constructif de débattre de problèmes locaux et concrets que de s’attaquer à des causes mondiales et vagues. Et derrière la pétition que nous initions, il y a un combat symbolique: celui de Sarenne contre l’Alpe d’Huez; celui de la montagne sauvage contre la montagne industrielle; celui d’un royaume de silence et de beauté contre un parc à buildings qui comptent 923 canons à neige et qui est quadrillé par des remontées mécaniques jusqu’à 3300m d’altitude. (3) Deux univers que quinze kilomètres séparent.

Nous ne sommes pas opposés au Tour de France, mais nous pensons que certains lieux doivent être préservés, et qu’il faut protester contre des excès qui, année après année, se multiplient. En 2012, le site de la Planche de Belles Filles avait été dévasté (4) (5); l’an prochain, ce seraient l’une des plus belles routes pastorales et l’un des plus majestueux GR de France qui seraient, à leur tour, profanés. Par la suite, jusqu’où iront les organisateurs du Tour de France? Si l’on s’en fie aux bruits qui courent: jusqu’à bétonner le Pic du Midi de Bigorre. Et ensuite? C’est maintenant qu’il faut dire: « Non ! »

Par ailleurs, beaucoup de financiers aimeraient agrandir le domaine skiable de l’Alpe d’Huez, et lorgnent vers Sarenne. Ce passage du Tour dans un lieu jusque-là si bien préservé est peut-être bien le premier pas vers une bétonisation massive. En 1952, lorsque Fausto Coppi s’imposait à l’Alpe d’Huez, il s’imposait, au milieu des marmottes et de quelques paysans, dans une toute petite station de ski. Le maire de l'Alpe d'Huez a d'ailleurs déclaré à l'AFP au sujet de ce premier passage du Tour de France au Col de Sarenne qu'il "offrait beaucoup de possibilités pour le futur". (6) Il faut obligatoirement construire une route avant de construire le reste; et c’est bel et bien maintenant qu’il faut dire: « Non ! »

De nombreux témoignages vous confirmeront que Sarenne est un col sans égal. (8) (10) Sur bike-oisans.com, on peut ainsi lire: "On atteint le col par une série d’épingles qui nous élève lentement au-dessus de la belle vallée du Ferrand, découvrant ainsi tout le plateau d’Emparis. Saviez-vous d’ailleurs que Ferrand vient du latin « ferus »: sauvage? Tout un programme! Pardi, le chamois est moins rare que l’homme dans ce territoire tout entier consacré à la montagne! Une route d’exception, à découvrir d’urgence!" (8)

Le fait est que ces 60 dernières années, pris en étau entre les remontées mécaniques de l'Alpe d'Huez et des Deux Alpes, l'Oisans s'est beaucoup dégradé. Il faut stopper cette tendance.

Rappelons que, sur le plan légal (arrêté municipal de 1989), nous parlons bien d’une route pastorale, et que, compte tenu du caractère exceptionnel du site (GR54), la vitesse y est limitée à 20 kms/h depuis des années (à quelle vitesse passerait donc les centaines de véhicules du Tour de France?). Mais lorsqu’il y a de l’argent en jeu, la Nature comme la loi n’ont visiblement plus aucune valeur.

 

LA PETITION

A cause de la neige, les travaux ne pourront sans doute pas avoir lieu avant le mois d'avril. Nous avons donc une marge de manoeuvre.

Aidez-nous à nous faire entendre en cautionnant par votre signature le texte suivant (en ligne depuis le 22 octobre 2012, et qui, quels que soient les événements - décisions, déclarations d'A.S.O., des maires de l'Alpe d'Huez, de Clavans, de Bourg d'Oisans, etc. -, ne changera pas d'une virgule jusqu'à juillet prochain): "Pour le randonneur ou le cycliste, Sarenne est un de ces beaux et rares espaces où l’on peut respirer de l’air pur. La faune et la flore qui l'entourent abondent. Selon les rumeurs, le Tour de France 2013 et sa cohorte de véhicules publicitaires pourraient emprunter cette route, ce qui aurait des conséquences dramatiques sur la faune et la flore. En effet, pendant l'été, les marmottes constituent leurs réserves « métaboliques » pour passer l'hiver; et en cas de stress prolongé, elles ne sortent plus de leur terrier et se nourrissent beaucoup moins; ce qui peut mettre en péril leur survie lors de la prochaine hibernation. De la même façon, ce stress affaiblit toutes les espèces animales de montagne pour qui la vie est rude. Pour la préservation de ce beau site naturel, je suis donc opposé au passage du Tour de France 2013 au Col de Sarenne ; et vous?" POUR SIGNER:

http://www.avaaz.org/fr/petition/Non_au_passage_du_Tour_de_France_2013_au_Col_de_Sarenne/

 

A noter: nous proposons aux organisateurs du Tour de France une alternative. Pour passer deux fois à Huez, le peloton pourrait se diriger vers Villard Reculas plutôt que vers Sarenne. Ce serait le choix environnemental le plus raisonnable; et, par ailleurs, le plus sûr pour les coureurs (la descente de Sarenne –  très pentue - avec ces virages étroits en épingle est redoutablement dangereuse; cf. Propos de Marc Madiot, directeur sportif de la FDJ: "La descente me préoccupe. J'espère qu'elle sera bien sécurisée. J'y suis passé une fois en voiture si ma mémoire est bonne, en stage. C'était quand même assez dangereux." - 9 -; pour sécuriser la route, jusqu'où iront les travaux? A voir: une vidéo de la descente: http://www.youtube.com/watch?v=dmYhUtyqBHU). Ces quinze dernières années, suite aux affaires de dopage, l'image du cyclisme s'est dégradée. Après les importantes dégradations consécutives au passage du Tour de France à la Planche des Belles Filles dans les Vosges l'an dernier, se mettre une nouvelle fois à dos des défenseurs de la nature aidera-t-il les organisateurs du Tour de France à redorer l'image de leur sport? En tant qu'amoureux du vélo, très sincèrement, je ne le crois pas.

 

Si vous nous soutenez, n'hésitez pas à faire tourner la pétition: c'est un travail d'équipe! 22 octobre: 1 signature; 26 octobre: 300 signatures; 29 octobre: 1500 signatures. Le 30 octobre, les serveurs du site de la pétition se sont arrêtés à cause de l'Ouragan Sandy - rupture de courant; un important dysfonctionnement a perduré jusqu'au 6 novembre. Nous avons dépassé les 2000 signatures le 9 novembre.

Initiation de la pétition, texte et photos: Matthieu Stelvio.

2

 

*Notamment: l’Androsace pubescente, l’Androsace imbriquée, la Clématite des Alpes, la Woodsie, la Polygale, la Véronique d’Allioni, la Tulipe méridionale, la Gentiane acaule, les Saxifrages, les Anémones, les Trolles et autres Soldanelles.

 

1: http://marmota.cons-dev.org/marm/MARM/PUBNET/5JMarmotte/Farand/6-FarandA

2: http://www.donnees.rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/include/patnat/znieff2g/38220012.pdf

3: http://www.rue89.com/rue89-planete/2012/05/11/dans-lenergivore-alpe-dhuez-defenseurs-des-emplois-et-de-la-nature

4: http://www.lepays.fr/haute-saone/2011/10/18/les-travaux-de-la-discorde-a-la-planche-des-belles-filles

5: http://www.bienpublic.com/cote-d-or/2011/11/07/discretion-absolue

6: http://www.lexpress.fr/actualite/sport/tour-de-france-2013-ce-que-l-on-sait-du-100e-trace_1178244.html

7: http://fr.wikipedia.org/wiki/Impact_environnemental_du_transport_routier

8: http://www.bike-oisans.com/cyclotourisme-oisans-154.html

9: http://www.eurosport.fr/cyclisme/tour-de-france/2013/l-alpe-d-huez-sur-le-tour-de-france-2013-feu-d-artifice-ou-feu-de-paille_sto3469171/story.shtml

10: «Après quelques pâturages le paysage devient progressivement plus sauvage et les reliefs plus marqués. Tout semble avoir été figé dans le temps et l’impression d’avoir été projeté à une époque précédant l’invasion du béton dans les Alpes et tenaces. C’est magnifique, d’autant plus que l’endroit est désert, et qu’un arrêt vous permetra d’expérimenter une sensation rare : celle du silence. » « La station de l’Alpe d’Huez n’est pas un cul de sac : après elle la route monte encore, mais bien peu le savent… Il faut vous diriger vers l’altiport et continuer tout droit. Oui, ce fin ruban d’asphalte complétement défoncé est bien une route. Une route pastorale pour être précis – ce qui signifie entre autres qu’elle est limitée à 20km/h et que les camping-cars – oh joie – y sont interdits. De toute façon il est fort probable que vous n’y croisiez personne, mis à part quelques marmottes. Blague à part, l’endroit un véritable sanctuaire naturel, et si cela justifie une visite, nous ne pouvons que vous inciter à vous comporter avec le respect qu’il incombe en pareil lieu. Tenez vous bien : pas de bruit, pas de pollution, et pas d’excès de vitesse – les fossés destinés à évacuer l’eau de la fonte des neiges, qui traversent régulièrement la route, comme les pierres qui la constellent, devraient vous en empêcher de toute façon. » « Après le col, à 1999m d’altitude, c’est la descente. Tortueuse, étroite, bosselée et constellée de pierres. L’endroit est raisonnablement dangereux [pour un automobiliste]. Les panoramas sont à couper le souffle. C’est un de mes endroits préféré dans les Alpes.» http://www.blenheimgang.com/col-de-sarenne-roads/




 Paru dans le Dauphiné Libéré:

 http://www.ledauphine.com/sport/2012/11/18/une-petition-contre-le-passage-du-tour-au-col-de-sarenne 

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 22:23

Note du 3 juin 2013 : avec le recul, j'ai quelques réserves sur ce texte.

Nous, les objecteurs de croissance, sommes souvent pris pour des hurluberlus. Ayant une fâcheuse tendance à être contre-productifs, on nous donne rarement la parole. En ces temps socialement perturbés, nous représentons peut-être un danger pour le monde de l’économie. Quelle télévision oserait mettre en avant des types qui crient haut et fort « Eteignez vos télés! »?

Trop coûteux, le service public doit disparaître. Nous n’aurions donc plus le choix; l’austérité serait une nécessité, la solidarité une dépense illégale et investir dans l’éducation une folie! Dans un monde désormais gouverné par l’économie, le pouvoir du citoyen ne réside plus que dans son porte monnaie. Plus le porte monnaie est épais, plus le citoyen a d’influence sur la société. Nos bulletins de vote ont une valeur à peine supérieure à celle du papier sur lequel ils sont imprimés, car de toute façon, depuis la crise, les impératifs ne sont plus moraux, ils sont économiques. C’est triste et lamentable. Les pauvres sont condamnés à subir le monde des banquiers. Le progrès social est à l’abandon. La seule possibilité de renverser cette injustice est d’unir nos forces. La démocratie est en danger, la démocratie est sur le point de ne plus exister, ne nous résignons pas: battons-nous intelligemment.

Ce qui fait vivre le libéralisme, c’est notre argent; et pour mettre le libéralisme à terre, il faut arrêter de lui donner notre argent. Nous devons mettre notre argent dans des banques (La Banque Postale, le Crédit Coopératif, la Nef) qui ne font pas de spéculations, qui n’investissent pas dans des paradis fiscaux. Nous devons arrêter de consommer bêtement les produits des firmes multinationales qui détruisent la planète. N’achetons plus de télévisions, plus d’essence, plus de voitures, plus de micro-onde, plus d’aspirateurs, plus de plats préparés, boycottons les supermarchés, les multiplex, arrachons les publicités, éteignons les lumières, interdisons la production d’armes; et ainsi, le libéralisme sera à terre, et nous pourrons construire un autre monde. Donnons plutôt notre argent à des AMAP, à des producteurs locaux soucieux de la protection de l’environnement, marchons, pédalons, prenons en commun les transports, apprenons à bâtir, à vivre en harmonie avec la nature. Notre qualité de vie n’en sera que meilleure; le marketing libéral ne fait que lobotomiser, infantiliser l’être humain en le rendant addict à des futilités destructrices, en le rendant incapable de mener une vie libre et indépendante.

Ne laissons pas notre monde, nos vies à des financiers. Inversons la vapeur. Sortons de cette résignation que le libéralisme exploite. Devenons sobres! Boycotter toutes les productions matérielles qui ne nous sont pas nécessaires est un puissant acte de révolte qui n’ira jamais à l’encontre de la dignité humaine. Seule cette douce force de l’union de nos déterminations pourra mettre fin à l’intolérable violence du libéralisme.

A long terme, dans un monde fini, la croissance est une utopie, une folie, un suicide. La refuser n’est pas un danger; la refuser, c’est militer pour le droit à l’avenir; et dans une société qui arrive à saturation, l’ascétisme pourrait être un travail ayant plus de sens que la production. MS

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 16:41

Note du 3 juin 2013 : avec le recul, j'ai quelques réserves sur ce texte.

 

Les puissants s'autoproclament possesseurs des territoires et des ressources encore inexploités et détruisent progressivement les richesses des gens modestes, de ceux qui ne possèdent rien et qui vivent avec de moins en moins. Les eaux noircissent, l'air est sale et les sols deviennent infertiles. On enferme les pauvres dans les poubelles du capitalisme; et lorsqu'ils s'échappent, on les attrape et on les renvoie dans nos décharges. Un tiers de l'humanité vit dans des bidonvilles.

Le midi, j'en ai marre de n'avoir pour seul lieu de pique-nique qu'un petit bout d'herbe coincé entre une autoroute et une rivière charriant des détritus. Je voudrais entendre des oiseaux plutôt que des voitures, m'allonger entre des fleurs plutôt qu'entre des packs de bières, respirer le printemps plutôt que des relents de pots d'échappements!

Pourquoi devrais-je me taire? Pourquoi mes revendications seraient-elles illégitimes? Pourquoi aurais-je toujours tort et le système toujours raison?

Face à certaines injustices, la paix est impuissante; et il serait dangereux de croire que tout conflit est immoral. Il ne faut jamais se résigner à exprimer une révolte.

L'Histoire nous a déjà prouvé à maintes reprises que la légitimité d'un principe ne réside ni dans son ancienneté ni dans son apparente admission par une opinion collective. Il est du devoir de chacun d'exercer son esprit critique et de ne pas se laisser abrutir par la propagande capitaliste contemporaine.

Dans un monde où l'impératif économique prend progressivement le dessus sur l'impératif moral, le pouvoir politique du citoyen est menacé, nos choix de société se réduisent et nos libertés les plus précieuses s'estompent. Il n'est même plus possible de respirer un air pur!

La société ne tolère pas que l'on remette en cause certains principes auxquels sont attachés des acquis; et ce, même si ces acquis sont illégitimes. La parole des hommes de pouvoir n'est pas guidée par la justice, mais par l'intérêt commercial; et au nom d'un pragmatisme myope, aucune formation politique n'osera discuter de la légitimité du droit à la propriété privée ou encore du droit que s'octroie une génération d'êtres humains de s'approprier et d'exploiter l'ensemble des ressources terrestres.

La très grande majorité des espèces vivantes habitent modestement la Terre sans se l'approprier. Les arbres naissent, se nourrissent d'eau et de soleil, puis meurent sans rien demander d'autre. Nous pourrions vivre de cueillettes et de soleil, mais manquant de sagesse, il nous faut le reste, tout le reste et toujours plus.

La Terre est une petite chose rare et fragile que nous avons le devoir d'entretenir; un bien commun, universel et indivisible; en elle réside l’avenir de la vie ; et se l’approprier est un délit. La propriété est un délit.

D'où le propriétaire tire-t-il sa légitimité? Est-il juste que certains hommes possèdent des milliers d'hectares, que d'autres possèdent cinquante mètres carrés et que d'autres n'aient nulle part où planter leur tente? Au nom de quoi a-t-on le droit d'interdire à un être humain de franchir une barrière, une frontière, une ligne tracée arbitrairement par un homme ou un groupe d'hommes? Au nom de quoi est-ce qu'un gisement de pétrole, une forêt ou une carrière de roches serait la propriété d'une firme multinationale plutôt que celle de l'ensemble des citoyens du monde?

D'autres modèles de société ont existé, d'autres modèles de société sont possibles, mais les lois les plus justes sont bien faibles face aux lois des plus forts. C'est l'arme à feu, et non pas la vertu, qui a permis aux occidentaux de coloniser le monde; et il serait illusoire de croire que les lois encadrant nos sociétés sont toutes légitimes. Ce qui est légal n'est pas systématiquement juste!

Les océans seront bientôt peuplés de bouteilles en plastique plutôt que de poissons. Les téléphones portables favorisent les cancers. L'exploitation déraisonnée de l'eau douce menace des milliards de vies. Les combustions du pétrole, du charbon et du gaz dérèglent le climat et érodent dangereusement la biodiversité. L'extraction du gaz de schiste pollue les nappes phréatiques. Au rythme, d'un accident nucléaire majeur tous les vingt ans, l'avenir de l'humanité semble sérieusement compromis. Et pourtant, rien d'illégal dans tout ça!

Face aux nuisances environnementales et sociales, aussi graves soient-elles, la propagande capitaliste répond qu'il n'y a aucune alternative, que vivre différemment serait irréaliste, qu'il n'y a pas de bonheur en dehors de la consommation frénétique des nouveautés technologiques. Accorder du crédit à un tel discours, c'est oublier qu'il y a cinq ans, personne n'extrayait de gaz de schiste; qu'il y a vingt ans, les téléphones portables n'existaient pas; qu'il y a soixante ans, aucune centrale nucléaire n'était construite; qu'il y a cent cinquante ans, on ne soupçonnait même pas que le pétrole puisse être utile; qu'il y a deux mille cinq cent ans, Diogène était heureux dans son tonneau et qu'aujourd'hui encore, la possession de quatre objets - un vêtement, un bol, un rasoir et une aiguille - suffit à la sérénité des moines bouddhistes.

Les écologistes ne sont pas des utopistes marginaux, mais des réalistes marginalisés; marginalisés par un système qui refuse de les écouter avec raison. Certes, l'expression est relativement libre en France, mais sa diffusion est contrôlée; et parler est inutile s'il n'est pas possible d'être entendu. Actuellement, pour les médias, ce qui fait la pertinence d'une parole, ce n'est pas la richesse de l'idée qu'elle véhicule, mais l'argent qu'il y a derrière. Chaque jour, on offre des millions d'oreilles aux marchands de lessives tout en ignorant les cris de révolte de milliards de pauvres. Arrosés par les billets des tunnels publicitaires, les JT prêchent la bonne parole.

Triste illustration: le 12 avril dernier, la messe du service public nous martelait que les voitures électriques sont propres et écologiques; ce même jour, dans l’indifférence médiatique la plus totale, un responsable de la Tepco déclarait: « les rejets de radioactivité [à Fukushima] ne sont pas complètement stoppés, et nous craignons que la quantité de radioactivité rejetée par la centrale puisse au final excéder celle rejetée par la catastrophe de Tchernobyl en 1986 » (1). Peu importe: faisons confiance au JT: les voitures électriques sont écologiques! Après tout, ce qui compte, ce n'est pas de dire la vérité, c'est de servir les intérêts de ceux qui financent la publicité! La vérité aussi peu rentable soit-elle, c'est qu’une voiture électrique pollue à peu près autant, voire même plus qu'une voiture à essence! 68% de l'électricité mondiale est produite par la combustion du charbon, du gaz et du pétrole (2); et dans ce cas, se servir de l'électricité plutôt que d'utiliser directement de l'essence revient à rejeter plus de dioxyde de carbone dans l'atmosphère par kilomètre parcouru! 15% de l’électricité est produite par le nucléaire (2), l'énergie la moins sûre – en France, aucun assureur n’accepte de prendre en charge ne serait-ce qu’un de nos 58 réacteurs - et la plus sale du monde, si sale qu’elle peut rayer en une seconde des territoires entiers et qu’elle a déjà transformé de vastes espaces sauvages en décharges radioactives. Par ailleurs, pour faire fonctionner une voiture électrique, il faut une batterie au lithium pesant environ 18 kgs et l'extraction de telles quantités de lithium aurait des conséquences désastreuses pour l'environnement, et plus particulièrement dans les pays en voie de développement! Sans oublier que les réserves terrestres de lithium sont très faibles, et qu'au grand maximum, d'ici 2030, 2% des voitures seront électriques. La voiture propre est une invention marketing destinée à verdir l'image de l'industrie automobile. Ne comptez pas sur les JT pour vous dévoiler ces vérités!

Guidés par le capitalisme, nous avons fuit le cosmos pour nous enfermer dans le béton des villes; et la nature n’est plus une fin en soi, mais uniquement le moyen d’assouvir nos avidités maladives.

Les capitalistes sont de "doux" rêveurs se nourrissant de dangereuses illusions. Ils croient que les richesses de la Terre abondent et abonderont toujours, qu’ils peuvent se les approprier et les exploiter à volonté. Aujourd’hui, leur utopie se confronte à la réalité, à la finitude du monde et pour que leur rêve perdure, ils sont contraints de se salir les mains, de saccager la nature et l’humanité qui va avec. Libre à nous de résister!

 

Texte de Matthieu Stelvio.

 

Source: (1) http://groupes.sortirdunucleaire.org/Catastrophe-nucleaire-majeure-au ; (2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Production_d%27%C3%A9lectricit%C3%A9 

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 23:04

 

Le midi, j'en ai assez de n'avoir pour seul lieu de pique-nique qu'un petit bout d'herbe coincé entre une autoroute et une rivière charriant des détritus. Je voudrais entendre des oiseaux plutôt que des voitures, m'allonger entre des fleurs plutôt qu'entre des packs de bières, respirer un air pur plutôt que des relents de pots d'échappements.

Il y a des lois pour protéger ceux qui ce sont appropriés le monde; par contre, la société est indifférente aux aspirations les plus profondes de ceux qui ne possèdent que leurs rêves.

L'Histoire nous a déjà prouvé à maintes reprises que la légitimité d'un principe ne réside ni dans son ancienneté ni dans son apparente admission par une opinion collective. Il est du devoir de chacun d'exercer son esprit critique, et de ne pas se laisser abrutir par la propagande capitaliste contemporaine. Face à certaines injustices, la paix est impuissante; et il serait dangereux de croire que tout conflit est immoral. Rien ne peut justifier la violence, mais il ne faut jamais se résigner à exprimer sa révolte, à se battre par les mots.

Dans un monde où l'impératif économique prend progressivement le dessus sur l'impératif moral, le pouvoir politique du citoyen est menacé, nos choix de société se réduisent, et nos libertés les plus précieuses s'estompent. Peu à peu, les démocraties laissent place à des technocraties. Les Bourses prennent le pouvoir, et les citoyens n’ont plus le droit à la parole. Et aujourd’hui, pour préserver l’économie d’un pays, on n’hésite plus à détruire son système de santé, ses écoles, ses universités, son service public. Est-il acceptable que le coût de la croissance économique soit la régression sociale?

La société ne tolère pas que l'on remette en cause certains principes auxquels sont attachés des acquis; et ce, même si ces acquis sont illégitimes. La parole des hommes de pouvoir n'est pas guidée par la justice, mais par l'intérêt commercial; et au nom d'un pragmatisme myope, aucune formation politique estampillée n'ose discuter de la légitimité du droit à la propriété privée ou encore du droit que s'octroie une génération d'êtres humains de s'accaparer l'ensemble des ressources terrestres.

Je crois en la capacité des hommes à partager les fruits d’une agriculture mondiale qui produit de quoi nourrir douze milliards de bouches, mais qui en dédaigne actuellement 854 millions. (1) La croissance est inutile, nous avons plus que nécessaire, ce qui fait défaut, c’est le partage; ce qui nous met en danger, c’est l’avidité maladive du capitalisme.

Dans un système qui arrive à saturation, l’ascétisme pourrait être un travail ayant plus de sens que la production.

La très grande majorité des espèces vivantes habitent modestement la Terre sans se l'approprier. Les arbres naissent, se nourrissent d'eau et de soleil, puis meurent sans rien demander d'autre. Nous pourrions vivre de cueillettes et de soleil, de peu de choses, mais manquant de sagesse, il nous faut le reste, tout le reste et toujours plus.

La Terre est une petite chose rare et fragile que nous avons le devoir d'entretenir; un bien commun, universel et indivisible; en elle réside l’avenir de la vie; et se l’approprier est un délit. A mon sens, la propriété est un délit, et la substituer par le partage serait un progrès.

D'où le propriétaire tire-t-il sa légitimité? Est-il juste que certains hommes possèdent des milliers d'hectares, que d'autres possèdent cinquante mètres carrés et que d'autres n'aient nulle part où planter leur tente? Au nom de quoi a-t-on le droit d'interdire à un être humain de franchir une barrière, une frontière, une ligne tracée arbitrairement par un homme ou un groupe d'hommes? Au nom de quoi est-ce qu'un gisement de pétrole, une forêt ou une carrière de roches serait la propriété d'une firme multinationale plutôt que celle de l'ensemble des citoyens du monde?

D'autres modèles de société ont existé, d'autres modèles de société sont possibles, mais les lois les plus justes sont bien faibles face aux lois des plus forts. C'est l'arme à feu, et non pas la vertu, qui a permis aux occidentaux de coloniser le monde; et il serait illusoire de croire que les lois encadrant nos sociétés sont toutes légitimes. Ce qui est légal n'est pas systématiquement juste!

L’Etat donne des subventions à des marchands d’armes. La fracturation hydraulique met en péril de grands espaces sauvages. L'exploitation déraisonnée de l'eau douce menace des milliards de vies humaines. Les océans seront bientôt peuplés de bouteilles en plastique plutôt que de poissons. Des accidents nucléaires rayent de la carte du monde des territoires entiers. Les combustions du pétrole, du charbon et du gaz dérèglent le climat et érodent dangereusement la biodiversité. Et pourtant, rien d'illégal dans tous ces choix irresponsables que nos cœurs condamnent!

Face aux nuisances environnementales et sociales, aussi graves soient-elles, la propagande capitaliste répond qu'il n'y a aucune alternative, que vivre différemment serait irréaliste, qu'il n'y a pas de bonheur en dehors de la consommation frénétique des nouveautés technologiques. Accorder du crédit à un tel discours, c'est oublier qu'il y a cinq ans, personne n'extrayait de gaz de schiste; qu'il y a vingt ans, les téléphones portables n'existaient pas; qu'il y a soixante ans, aucune centrale nucléaire n'était construite; qu'il y a cent cinquante ans, on ne soupçonnait même pas que le pétrole puisse être utile; qu'il y a deux mille cinq cent ans, Diogène était heureux dans son tonneau; et qu'aujourd'hui encore, la possession de quatre objets - un vêtement, un bol, un rasoir et une aiguille - suffit à la sérénité des moines bouddhistes.

La publicité nous agresse pour faire naître en nous des dépendances, la télévision est un dangereux opium qui nous donne une représentation partiale et erronée du monde. Pour se payer sa Croissance, comme un dealer sans scrupule, le capitalisme nous drogue, nous endort et nous exploite.

Les écologistes prônant la décroissance ne sont pas des utopistes marginaux, mais des réalistes marginalisés; marginalisés par un système qui refuse de les écouter avec raison. Certes, l'expression est relativement libre en France, mais sa diffusion est contrôlée; et parler est inutile s'il n'est pas possible d'être entendu. Actuellement, pour les médias les plus influents, ce qui fait la pertinence d'une parole, ce n'est pas la richesse de l'idée qu'elle véhicule, mais l'argent qu'il y a derrière. Chaque jour, on offre des millions d'oreilles aux marchands de lessives tout en ignorant les cris de révolte de milliards de pauvres.

Les capitalistes sont de "doux" rêveurs se nourrissant de dangereuses illusions. Ils croient que les richesses de la Terre abondent et abonderont toujours, qu’ils peuvent se les approprier et les exploiter à volonté. Aujourd’hui, leur utopie se confronte à la réalité, à la finitude du monde et pour que leur rêve perdure, ils sont contraints de se salir les mains, de saccager la nature et l’humanité qui va avec. Libre à nous de résister! MS

 

You may say I’m dreamer, but I’m not the only one…

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alimentation#cite_note-10


Article publié sur agoravox.fr: http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/nous-les-objecteurs-de-croissance-107413?debut_forums=0#forum3172860

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 09:43

« Je suis ingénieur, mais ça ne m’intéresse pas plus que ça. J’ai toujours voulu être berger et élever des moutons en Ardèche. », « J’ai fait 5 ans d’étude, je passe mes journées à faire des additions. Tout ce que j’ai appris ne me sert finalement à rien.», «J’aurais bien fait des études littéraires ou sociales, mais on m’a martelé qu’il n’y avait pas de débouchés. Je me suis fatigué à bosser des matières ennuyeuses pendant des années en espérant que j’aurais un job solide au bout ; et maintenant que j’ai mon diplôme,  j’enchaîne les CDD à temps partiel payés au SMIC… », « J’en ai marre de tout donner, de partir tous les matins à 7h et de rentrer tous les soirs à 20h,  et de continuer à galérer pour manger des casseroles de pâtes et pour me payer un 20 mètres carrés tout miteux»… Voilà ce que l’on peut entendre quotidiennement en tendant l’oreille en France, cinquième puissance économique mondiale.

Ne faut-il donc pas être complètement sourd aux maux de la société pour affirmer que les émeutiers des banlieues de 2005, de Grenoble en 2010 ou, plus récemment, des pays voisins ne portent aucun « message politique »?

Le message est pourtant simple: de nombreux jeunes ne cautionnent pas le système actuel qu’ils jugent profondément injuste et dénué de sens.

Que le système soit injuste, j’imagine que personne n’osera le contester. Les faits sont là. Comme le démontre les chiffres récemment publiés sur les inégalités en France, les écarts entre les plus riches et les plus pauvres ne font que se creuser. C’est injuste, et sans doute suffisant pour justifier n’importe quelle révolte. Mais par cet article, c’est plutôt sur la vacuité de sens de notre modèle de société trop porté vers une obsessionnelle croissance économique que je voudrais m’attarder.

Soumise aux pressions des marchés, l’école, de plus en plus délaissée par l’Etat, tend à aspirer les enfants dans une machine scolaire infernale, pour ensuite recracher vingt ans plus tard soit des agents économiquement productifs soit des ratés. Ainsi, tant qu’un élève aura de bonnes notes, on lui conseillera vivement de suivre la voie royale: seconde générale, première scientifique, option mathématique, maths sup, etc. On ne cherchera pas à savoir ce que l’élève veut faire de sa vie. De toute façon, lui-même n’en sait rien, car bien souvent ni l’école ni la vie de tous les jours ne lui donne les moyens de savoir ce qu’est un métier.

Aider les élèves à trouver leur voie coûterait bien trop cher, mieux vaut fabriquer un maximum de travailleurs hautement rentables. Ce que l’on oublie en soutenant un tel raisonnement, c’est que les êtres humains ne sont pas des machines, et que pour construire une société pleine de vitalité, l’épanouissement de chacun est indispensable. Un artisan amoureux de son travail apportera beaucoup plus à ses contemporains qu’un ingénieur dépressif ne comprenant pas le sens de son métier.

En série scientifique, plein de jeunes se battent pour devenir ingénieur, car on leur dit que c’est le seul moyen d’avoir une situation stable et confortable, mais la grande majorité ne sait même pas expliquer ce qu’est au juste un ingénieur. C’est du formatage : la France veut des ingénieurs, car statistiquement, ils font plus grimper le Produit Intérieur Brut que les agriculteurs ou que les poètes. Les jeunes sont fragiles; et la société abuse de leur faiblesse, de leur indécision pour les pousser dans des voies qu’ils choisissent rarement en connaissance de causes et qui engagent toute leur vie.

Pour maintenir l’ordre, pour que les élèves filent sagement dans l’entonnoir, on n’utilise une arme redoutable: l’angoisse. Les télés, les radios, les politiques, les profs, les parents, toute la société dans son ensemble angoisse la jeunesse. « La situation est grave, nous sommes en crise ». Il faut entrer dans la « guerre économique ». Les plus faibles sombreront dans le chômage, et finiront à la rue. « De toute façon, il n’y a plus d’argent dans les caisses ; et on ne va pas taxer les riches, les spéculateurs et les capitaux, car sinon tout partira à l’étranger… ».  « Tremblez, enfants de la cinquième puissance mondiale : si vous ne voulez pas crever de faim, travaillez, étudiez vos mathématiques, devenez ingénieurs, faites-nous des plans d’avions de chasse et de centrales nucléaires. »

Ce sont généralement les enfants des familles les plus modestes qui sont le plus sensible à ce stress, à ce chantage, car leur échec ne peut que très difficilement être financièrement amorti par la famille (et encore moins par un Etat de moins en moins soucieux des questions d’équité sociale). Pour eux, tout tâtonnement est proscrit, il faut foncer tête baissée dans l’entonnoir.

La sélection est rude, voire même impitoyable pour beaucoup d’enfants issus de milieux modestes. Le lycée est, pour certains, un véritable enfer dans lequel la moindre mauvaise note est susceptible de faire chuter lourdement une moyenne; et une mauvaise moyenne dans une discipline clé peut, à son tour, considérablement réduire les chances d’un élève d’être pris en classe préparatoire, BTS, etc. Avoir de bonnes notes ne suffit pas, il faut aussi être bien classé; et la compétition commence dès le collège et s’intensifie avec les années d’études. Elle peut devenir terrible lorsqu’il s’agit des concours de médecine ou d’entrée aux grandes écoles. Bien souvent, la soif de la réussite prend le dessus sur le désir d’apprendre. Il faut être meilleur que les autres, c’est-à-dire avoir de meilleures notes que les autres. En première année de médecine, comprendre est presque anecdotique, tout ce qui compte, c’est de savoir, par cœur, mot pour mot, des centaines de pages.

Les notes sont un langage rudimentaire, un moyen d’évaluer de la façon la plus synthétique possible un élève. On pourrait sans doute les remplacer par des explications, mais ça nuirait à l’établissement, aussi inéquitable soit-il, des hiérarchies. Réduire les personnes, le monde à une série de chiffres : ça n’a aucun sens, mais c’est la grande ambition des sociétés modernes. Les élèves ne sont pas tous égaux, ne sont pas tous issus des mêmes milieux, n’ont pas tous les mêmes capacités intellectuelles et physiques; et pourtant, l’école les compare, les met en compétition, puis les sélectionne. Plutôt que de confronter les élèves aux injustices les plus primitives, le rôle du système éducatif ne devrait-il pas être de les en protéger?

Ma traversée de l’univers scolaire m’a donné le sentiment que la créativité, la compréhension du monde et de la vie n’étaient pas des priorités, et que ce qui importait avant tout c’était de former, de formater des travailleurs économiquement rentables et performants. En d’autres termes, de produire les outils de production dont l’économie libérale a besoin. Le rapprochement du monde de l’entreprise et de l’Université va dans ce sens.

L’Art, la Philosophie et la Poésie sont des disciplines pleines de sens qui peuvent orienter une vie. Le système scolaire les néglige de plus en plus. L’Histoire et la Géographie sont en option en Terminale S; discipline évidemment inutile pour former, à titre d’exemple, nos futurs ingénieurs nucléaires. Il me semble qu’assez tôt dans le cursus, les "matheux" sont assimilés à des génies, les économistes à des prophètes, les poètes à des cancres et les philosophes à des choses inutiles. Il serait vraiment triste qu’au lieu d’aider les élèves à donner du sens à leur vie, l’école se contente de les transformer en machines à calculer. En ces périodes d’austérité, il semble impératif de rester vigilant face à ces questions.

A force de négliger les aspirations de la jeunesse, la société donne naissance à des générations en souffrance, à des adultes qui doutent de plus en plus du sens de leur travail, et il ne faut pas s’étonner qu’un jour ou l’autre, une génération se réveille subitement pour refuser un monde qu’elle n’a jamais eu l’occasion de choisir.

 

Texte de Matthieu Stelvio

Note : Ce texte est la première version de "Petit, je voulais être boulanger, mais j'étais bon en maths" publié sur Rue89. Page ouverte 394 000 fois sur Rue89 (à la date du 3 juin 2013).

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 18:36

Au bord de la pénurie

 

Le potentiel de production de la planète diminue, la population humaine augmente. Il semble donc raisonnable de sortir de la logique de croissance.

Plus de 90% de notre énergie provient du pétrole, du gaz et du charbon. On estime que les réserves de ces trois combustibles fossiles seront respectivement vides dans environ 40, 60 et 120 ans. Quant au nucléaire, nous ne disposons plus que de 50 années d’uranium. De nombreuses autres ressources sont menacées. Ainsi, l’utilisation déraisonnée de l’eau douce (par l’agriculture intensive et l’industrie) conduirait, d’après les rapports des Nations Unies, à l’assèchement de vastes régions (la surface du Lac du Tchad est passée de 23000 kms carrés à 900kms carrés en 38 ans; 969 des 1052 lacs de la province chinoise du Hebei ont disparu) ; et d’ici à 2050, le nombre de personnes souffrant d’un manque d’eau passera vraisemblablement de 400 millions à 4 milliards. Bref, la croissance économique vide littéralement la nature de toutes ses ressources; et le fait que le taux d'extinction des espèces soit environ mille fois supérieur à ce qu'il était avant les débuts de l'ère industrielle n'est pas, contrairement à ce que certains écolo-sceptiques voudraient nous faire croire, une simple coïncidence.

Dans 40 ans, il n'y aura plus une goutte de pétrole. Plutôt inquiétant lorsqu'on fait le simple constat que tous les objets qui nous entourent ont été transportés par du pétrole voire même fabriqués avec du pétrole. Le géophysicien K. Hubbert a démontré que la courbe de production du pétrole passerait par un pic au-delà duquel elle déclinerait. De nombreux scientifiques estiment que nous sommes actuellement au voisinage de ce pic. En clair, la production de pétrole va commencer à diminuer, et si nous continuons à accroitre nos besoins en « or noir », les crises socio-économiques et les guerres vont se multiplier. Si nous ne sortons pas au plus vite de la spirale infernale de "la croissance pétrole-dépendante", l'avenir sera tragique. D'ailleurs, le prix du baril de pétrole a été multiplié par 13 entre 1998 et 2008, et dans la même période, les USA sont allés faire la guerre en Irak, pays détenteur des deuxièmes plus grosses réserves pétrolières du monde.

 

Produire le nécessaire et se débarrasser du marketing de la croissance

En outre, ce n’est pas parce qu’un système est basé sur la décroissance qu’il est générateur de pauvreté. Nous avons de quoi nourrir 12 milliards de personnes, soit 2 humanités. On peut donc produire moins de richesses matérielles; tout ce qui compte, c’est de les répartir plus équitablement (en suivant d’autres schémas que celui du libéralisme).

Le marketing et la publicité sont au cœur des sociétés modernes. Il me semble qu'ils visent surtout à manipuler les individus, à faire naître en eux des désirs nouveaux. L’objectif du marketing n’est pas de rendre le consommateur heureux, c’est de le rendre dépendant. Le marketing est le moteur hyper énergivore de la croissance ; en somme, c’est lui qui a créé le monde dans lequel nous vivons (ou au moins une très grande partie), c’est lui qui a créé nos dépendances aux emballages plastiques, aux voitures, aux téléphones portables, aux 14 repas de viandes par semaine, aux ordinateurs, aux écrans ultraplats, aux prospectus publicitaires, aux tamagochis, au pétrole…

La Décroissance, c’est de l’anti-marketing. Elle vise à nous libérer des désirs futiles qui nous empoisonnent l’existence et nous invite à nous recentrer sur les richesses réellement essentielles à nos vies. Diogène disait: « L’homme riche est celui qui se suffit à lui-même », et si en nous libérant de nos dépendances aux objets, la Décroissance nous enrichissait ?

Mon point de vue est peut-être naïf, je peux me tromper: en effet, composé d'un nombre incommensurable d'interactions, le monde est si complexe qu'il est difficile d'avoir des certitudes sur sa façon de fonctionner. Bien évidemment, je reste à l'écoute des idées toujours enrichissantes des lecteurs (eux-mêmes très complexes puisque chacun d'eux est composé, à vue de nez, de 100 000 000 000 000 000 000 000 000 000 quarks en interactions: il y a de la place pour l'incertitude là-dedans).

Matthieu Stelvio

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 18:37

Depuis le début de l'ère industrielle, les sociétés soi-disant développées exploitent et anéantissent la nature. D'après l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature, les espèces vivantes disparaissent cent à mille fois plus rapidement que lors des plus grands épisodes d'extinction de l'histoire terrestre. Sous l'effet de l'activité anthropique, le climat se dérègle. Ainsi, 2010, 2009, 2005, 2007, 2006, 2003, 2002 et 1998 sont les années les plus chaudes jamais enregistrées depuis 1880. - Source -

 
Localement, les désordres environnementaux se multiplient (en cause: la pollution, le réchauffement, l'appauvrissement des milieux naturels, l'exploitation abusive des sources d'eau douce...). Ces dernières décennies, on ne compte plus les lacs qui disparaissent ou se réduisent en Chine et en Afrique. L'an dernier, suite à une "canicule record" (probablement corrélée au changement climatique) , des sécheresses exceptionnelles ont mis en péril l'agriculture en Chine et en Russie. Il en a résulté une flambée du prix des matières premières agricoles. Ainsi, à Paris, le cours du blé est passé de 130 euros à 256 euros la tonne entre juin 2010 et janvier 2011 (même tendance pour le maïs, l'huile, le sucre; à noter que les biocarburants accentuent l'inflation; n'est-il pas révoltant d'en arriver à nourrir des voitures plutôt que des êtres humains?). - Source - Si l'effet de ces hausses de prix se fait peu ressentir dans les pays ayant un PIB élevé, la situation est radicalement différente pour les peuples économiquement plus fragiles.


Suite aux mauvaises récoltes, le prix du pain était au plus haut lorsque les français se sont révoltés en 1789. L'analogie avec la Tunisie est facile à faire. L'envolée des prix des aliments de base a été l'événement déclencheur de la vague révolutionnaire actuelle. Lorsqu'un peuple commence à souffrir de la faim, il sort dans les rues pour lutter contre d'insupportables injustices et exiger un partage plus équitable des richesses.

  
Au-delà de l'espoir que les révolutions actuelles suscitent, il ne faut pas oublier qu'à court ou moyen terme, l'épuisement de nombreuses ressources naturelles multipliera les famines et les désordres géopolitiques (la "guerre du pétrole" en Irak et "la guerre de l'eau" en Bolivie en témoignent).


Si les comportements ne changent pas, dans moins de quarante ans, environ la moitié de l'humanité manquera d'eau, le pétrole aura plus de valeur que l'or, et le cours des matières premières agricoles atteindra vraisemblablement des chiffres vertigineux. Inexorablement, les laissés-pour-compte seront de plus en plus nombreux à souffrir de la faim; et la violence sera, pour eux, le seul moyen de défendre leur droit à la survie.


D'après le Living Planet Report publié en 2009, par la WWF ( Source ), en ne prenant en compte que les besoins  humains (c'est-à-dire en occultant la biomasse nécessaire à la survie des espèces animales et végétales), il faudrait disposer des ressources de 5 planètes Terre pour que le mode vie nord américain actuel soit durable. D'après ce même rapport, on apprend qu'en 2006, les êtres humains surexploitaient à hauteur de 40% les ressources de la Terre. Ce chiffre grandit chaque année de façon inquiétante.

 
En somme, négliger les problématiques écologistes ne fera qu'accroître les inégalités sociales et provoquera inévitablement de tragiques conflits mondiaux.

 

La solution raisonnable et durable est de produire moins, de consommer moins et de beaucoup mieux partager. En clair, il faut sortir du capitalisme et de toute logique de compétitivité économique, et réapprendre à vivre en harmonie avec la nature sans vouloir s'en rendre maître et possesseur.


Malheureusement, les écologistes, qui vont à l'encontre du productivisme ambiant, sont trop souvent marginalisés voire même condamnés. Ainsi, la justice impose la destruction d'une modeste yourte qui ne gêne absolument personne ( Lien ) et se soucie peu des dégâts générés par la dégradation massive de la nature.

 

L'ONU tient le même discours que les partisans, si rarement pris au sérieux, de la Décroissance: pour "prospérer sereinement" (en étant plus catastrophiste, c'est-à-dire plus réaliste, il faudrait oser écrire: "pour survivre"), l'espèce humaine - du moins, son tiers le plus riche - doit impérativement restreindre son exploitation des énergies fossiles et diminuer sa consommation de viandes (C'est écrit dans ce rapport de l'ONU: Source 1 ; Source 2 ). Sans ces efforts, l'équilibre sera impossible à trouver: c'est mathématique.

Matthieu Stelvio

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