Note du 3 juin 2013 : avec le recul, j'ai quelques réserves sur ce texte.
Nous, les objecteurs de croissance, sommes souvent pris pour des hurluberlus. Ayant une fâcheuse tendance à être contre-productifs, on nous donne rarement la parole. En ces temps socialement perturbés, nous représentons peut-être un danger pour le monde de l’économie. Quelle télévision oserait mettre en avant des types qui crient haut et fort « Eteignez vos télés! »?
Trop coûteux, le service public doit disparaître. Nous n’aurions donc plus le choix; l’austérité serait une nécessité, la solidarité une dépense illégale et investir dans l’éducation une folie! Dans un monde désormais gouverné par l’économie, le pouvoir du citoyen ne réside plus que dans son porte monnaie. Plus le porte monnaie est épais, plus le citoyen a d’influence sur la société. Nos bulletins de vote ont une valeur à peine supérieure à celle du papier sur lequel ils sont imprimés, car de toute façon, depuis la crise, les impératifs ne sont plus moraux, ils sont économiques. C’est triste et lamentable. Les pauvres sont condamnés à subir le monde des banquiers. Le progrès social est à l’abandon. La seule possibilité de renverser cette injustice est d’unir nos forces. La démocratie est en danger, la démocratie est sur le point de ne plus exister, ne nous résignons pas: battons-nous intelligemment.
Ce qui fait vivre le libéralisme, c’est notre argent; et pour mettre le libéralisme à terre, il faut arrêter de lui donner notre argent. Nous devons mettre notre argent dans des banques (La Banque Postale, le Crédit Coopératif, la Nef) qui ne font pas de spéculations, qui n’investissent pas dans des paradis fiscaux. Nous devons arrêter de consommer bêtement les produits des firmes multinationales qui détruisent la planète. N’achetons plus de télévisions, plus d’essence, plus de voitures, plus de micro-onde, plus d’aspirateurs, plus de plats préparés, boycottons les supermarchés, les multiplex, arrachons les publicités, éteignons les lumières, interdisons la production d’armes; et ainsi, le libéralisme sera à terre, et nous pourrons construire un autre monde. Donnons plutôt notre argent à des AMAP, à des producteurs locaux soucieux de la protection de l’environnement, marchons, pédalons, prenons en commun les transports, apprenons à bâtir, à vivre en harmonie avec la nature. Notre qualité de vie n’en sera que meilleure; le marketing libéral ne fait que lobotomiser, infantiliser l’être humain en le rendant addict à des futilités destructrices, en le rendant incapable de mener une vie libre et indépendante.
Ne laissons pas notre monde, nos vies à des financiers. Inversons la vapeur. Sortons de cette résignation que le libéralisme exploite. Devenons sobres! Boycotter toutes les productions matérielles qui ne nous sont pas nécessaires est un puissant acte de révolte qui n’ira jamais à l’encontre de la dignité humaine. Seule cette douce force de l’union de nos déterminations pourra mettre fin à l’intolérable violence du libéralisme.
A long terme, dans un monde fini, la croissance est une utopie, une folie, un suicide. La refuser n’est pas un danger; la refuser, c’est militer pour le droit à l’avenir; et dans une société qui arrive à saturation, l’ascétisme pourrait être un travail ayant plus de sens que la production. MS